Très mauvaise passe pour les groupes bancaires européens. Tous ont dû augmenter fortement le niveau de leurs provisions pour faire face à la très forte dégradation de l'environnement financier. Des prêts risqués dont la proportion ne cesse de grandir suite aux difficultés rencontrées par les entreprises débitrices, des portefeuilles d'actifs dont la valeur plonge parallèlement à l'effondrement boursier, les activités des banques d'investissement qui fonctionnent au ralenti pour cause d'essoufflement économique, et une forte exposition en Amérique du Sud, tel est le cocktail explosif auquel sont confrontées les banques du Vieux Continent. Cette situation pèse clairement sur leurs résultats.

Vendredi, Société Générale et Lloyds sont venues confirmer la ritournelle. L'institution française a annoncé une chute de 41% de son bénéfice net à 376 millions d'euros au deuxième trimestre 2002, contre 641 millions pour la même période l'année dernière. Ce recul s'explique notamment par une «provision exceptionnelle prudentielle» sur son portefeuille de participations industrielles, qui s'élève à 265 millions d'euros. De ce montant, 68 millions sont consacrés à la couverture de prêts octroyés à quatre sociétés télécoms, dont Vivendi Universal, qui se débat actuellement pour réduire une dette colossale de 17 milliards d'euros.

Quant à la banque britannique, son bénéfice avant impôts se monte à 1,6 milliard de livres sterling pour le premier semestre 2002, un chiffre relativement stable par rapport au résultat affiché l'année dernière.

Exposition aux Etats-Unis et en Amérique du Sud

Cependant, ses provisions pour créances douteuses ont augmenté de 48% à 479 millions de livres, contre 323 millions pour le premier semestre 2001. Cette somme doit entre autres permettre d'assurer les engagements contractés aux Etats-Unis et en Amérique du Sud. Lloyds avait par exemple accordé un prêt de 100,2 millions de dollars à WorldCom, aujourd'hui déclarée en faillite et en train de sauver ce qui peut l'être. Concernant l'Amérique latine, 50 millions sont destinés à la seule Argentine.

Un jour avant l'annonce de ces deux résultats, le carnet de santé trimestriel de Deutsche Bank, de BNP Paribas, du Crédit Lyonnais et de Barclays avait déjà permis de prendre conscience de la fragilisation des institutions bancaires européennes. Le géant germanique a annoncé jeudi qu'il augmentait ses provisions pour crédits douteux de 384 millions à 511 millions d'euros. Durant le deuxième trimestre, la plus grande banque du continent a enregistré pour 588 millions d'euros de pertes liées à ce type de prêt, contre 221 millions une année auparavant. La déconfiture de WorldCom coûte ainsi 241 millions d'euros à Deutsche Bank.

Côté français, la chute des marchés a touché de plein fouet BNP Paribas. Les revenus liés aux transactions boursières ont dégringolé de 200 millions d'euros pour s'établir à 481 millions, la seule journée du 28 juin représentant une perte sèche de 35 millions d'euros. Cible directe de cet effondrement, la division banque d'investissement a procédé à une hausse de 38% de ses provisions à 281 millions d'euros.

Sociétés télécoms à risque

Quant au Crédit Lyonnais, la faiblesse de son bénéfice net au second trimestre 2002 (-13% à 241 millions d'euros) est aussi largement due à la contre-performance de sa banque d'affaires, dont les revenus ont chuté de 36%. A l'instar du reste de la branche, les provisions de l'institution augmentent fortement, d'une proportion de 28% par rapport au trimestre précédent.

Finalement, la banque britannique Barclays a adopté presque la même attitude que sa concitoyenne Lloyds, puisqu'elle a fait croître de 43% le montant destiné à couvrir ses activités risquées. A ce titre, la provision de 713 millions de livres sterling résulte principalement de ses engagements en Argentine, ainsi que de ceux liés à des sociétés télécoms et du secteur de l'énergie, comme Marconi, Energis et KPN Qwest (qui a fait faillite le 31 mai dernier).

Dans cette ambiance morose, les prochains résultats trimestriels de deux grandes banques suisses sont attendus avec impatience.