Les banques européennes se sont assainies

Zone euro Les résultats du test de résistance, publiés dimanche, sont jugés assez rassurants

Treize banques, surtout italiennes, devront consolider leur bilan rapidement

Vingt-cinq banques européennes sur les 130 soumises au stress test mené par la Banque centrale européenne (BCE), dont les résultats ont été publiés dimanche, ont échoué. Mais douze d’entre elles ont déjà augmenté leurs fonds propres à hauteur de 15 milliards depuis le début de l’année. Les treize autres disposent de deux semaines pour soumettre une feuille de route pour combler leurs besoins en capitaux.

En sus de l’examen du ratio de fonds propres mis en réserve par rapport aux crédits consentis – la BCE fixe la barre à 8% –, l’Autorité bancaire européenne (ABE) a aussi mis à l’épreuve leur capacité à affronter deux scénarios de crise – de base et extrême. Le deuxième serait une zone euro en récession en 2016 – une croissance en recul de – 7%, un chômage à près de 15% et des prix de l’immobilier en baisse de 30% par rapport à 2013. Les banques faillibles dans le premier cas de figure ont six mois pour prendre des mesures de consolidation. Celles qui ne résisteraient pas au scénario extrême auront un délai de neuf mois.

Les banques italiennes sont en première ligne. Sur les quinze qui ont été soumises à l’examen, neuf n’ont pas passé la rampe. La BCE a également identifié 136 milliards d’euros d’actifs à risques, portant le montant total de ces actifs détenus par les banques de la zone euro à 879 milliards d’euros. Ils concernent des prêts accordés aux grandes PME, aux sociétés transnationales et au secteur immobilier. En revanche, leur exposition à la dette souveraine a légèrement diminué. A fin 2013, les banques allemandes se retrouvaient en toute première ligne, avec près de 500 milliards d’euros de dettes nationales, européennes et globales. Elles sont suivies des italiennes (environ 350 milliards) et de françaises et espagnoles (280 milliards). A titre de comparaison, les créances souveraines des banques américaines s’élevaient à 200 milliards d’euros à la même période.

Vitor Constancio, vice-président de la BCE, a tiré une première conclusion: «La situation bancaire ne devrait pas freiner le flux de crédit à l’économie réelle et peser sur la croissance.» Selon lui, les résultats vont doper la confiance du public dans les banques. Mais ils auraient aussi pu être plus dramatiques. Danièle Nouy, chef de la division Supervision de la BCE, a expliqué que les banques européennes ont beaucoup assaini leurs comptes ces dernières années. Rien qu’en 2013, elles ont injecté 200 milliards d’euros dans leur bilan, y compris 60 milliards en guise d’augmentation des capitaux. «La publication des résultats n’est qu’un premier pas, a-t-elle encore ajouté. Le vrai travail d’assainissement du secteur bancaire européen commence maintenant.»

«Avoir un bilan de santé complet des banques n’est pas une fin en soi, a déclaré Michel Barnier, le commissaire européen en charge des Services financiers, dans un communiqué publié dimanche. Ce qui compte, c’est que nos banques aient les capacités de financer l’économie de manière durable et qu’elles soient suffisamment solides pour faire face à des difficultés qui pourraient perturber ce financement.»

Le commissaire français a chapeauté la mise en œuvre de l’union bancaire, la réponse de Bruxelles à la crise qui a commencé en 2007-2008, qui repose sur trois piliers: le Mécanisme de supervision unique, le Mécanisme de résolution unique et le Fonds de résolution. L’UE a confié à la BCE le rôle de surveiller l’ensemble du système bancaire européen.

Le stress test, baptisé «Compréhensive Assessment», concerne 130 banques dans 19 pays, qui représentent 80% des actifs bancaires européens. L’exercice a débuté en novembre 2013 et a mobilisé 6000 cadres de la BCE, de l’Autorité bancaire européenne (ABE) et des experts privés. Michel Barnier a assuré que les banques en difficulté pourraient obtenir une aide européenne pour se recapitaliser selon les règles sur les aides d’Etats. Les autres banques de la zone euro sont supervisées par les autorités nationales de surveillance bancaire.

«La situation bancaire ne devrait pas freiner le flux de crédit à l’économie réelle ou peser sur la croissance»