La bataille boursière qui oppose la BNP à la Société Générale et Paribas devrait prendre fin dans une dizaine de jours. En attendant, les investisseurs se lassent de ce feuilleton qui a débuté en février dernier. A la Bourse de Paris, l'action Paribas a chuté lundi de 5,48% à 96,50 euros, celle de la BNP a baissé de 5,2% à 71,10 euros et la Société Générale a perdu 4,34% à 152 euros. Cette dernière a jusqu'à aujourd'hui pour retirer son offre sur Paribas. Une proposition concurrente d'un tiers, éventuellement d'une firme étrangère, est théoriquement possible jusqu'à vendredi. En revanche une surenchère de la Société Générale (SG) sur Paribas ou de la BNP sur SG ou Paribas est toujours possible jusqu'au dernier jour de la date de clôture des offres publiques fixée au 6 août.

D'ici là, chaque camp s'assure de l'appui de ses amis. La SG peut semble-t-il compter sur la fidélité d'un ensemble d'actionnaires (comme Alcatel, Pernod Ricard, Meiji Life) représentant près de la moitié de ses droits de vote. Quant à la BNP, elle peut depuis la fin de la semaine dernière s'appuyer sur des partenaires influents. Axa et une dizaine d'institutionnels étrangers (parmi lesquels Baring Asset Management et Lazard Asset Management) qui, même s'ils ne représentent que 1% dans le capital de l'institut, ont pesé de tout leur poids en annonçant leur soutien au projet de grande banque française.

Employés sceptiques

Au coude-à-coude, les deux opposants savent que la différence se fera sur Paribas. L'actionnariat dispersé de cette dernière a le pouvoir de faire basculer la balance d'un côté ou de l'autre. Ce qui donne des sueurs froides à Daniel Bouton, patron de la SG: le groupe Axa dirigé par Claude Bébéar, fervent supporter de la BNP, détient à lui seul 11,7% des droits de vote de Paribas.

Si un camp ne l'emporte pas clairement, l'arbitre (c'est-à-dire le Comité des établissements de crédit et des entreprises d'investissement, le CECEI) devra se prononcer. Problème: les deux camps divergent quant à l'appréciation du message délivré il y a quelques jours par cette autorité. André Levy-Lang, patron de Paribas, signalait samedi au Figaro que le CECEI a précisé que «dans tous les cas, il faudra obtenir plus de 50% des droits de vote» à l'issue des offres pour prendre le contrôle d'une société. De l'autre, Michel Pébereau, son homologue de la BNP, se référant lui aussi au CECEI, a indiqué lundi aux Echos qu'«un actionnaire détenant seul autour de 35% des droits de vote d'une société face à un actionnariat dispersé exerce le contrôle effectif». Les marchés n'ont pas apprécié cette cacophonie qu'ils ont sanctionnée lundi.

Pour Fulvio Maccarone, analyste auprès de Pictet & Cie, le projet à trois baptisé SBP bute sur un obstacle majeur. «L'offre de la BNP introduit une incertitude. Les CVG (ou certificats de valeur garantie) qu'elles proposent restent difficiles à estimer. C'est une sorte de produits dérivés que les caisses de pensions américaines, par exemple, ne pourront pas garder dans leurs portefeuilles.» A défaut du paquet convoité Société Générale-Paribas, la BNP ne pourrait se retrouver qu'avec la seconde dans sa besace. Ce qui ne plaît pas à André Levy-Lang. «Les actionnaires qui apporteraient leurs titres à la BNP risquent de se retrouver actionnaires d'un groupe formé de BNP-Paribas et non du SBP promis… C'est la pire solution en termes de création de valeur.»

Au-delà de la guerre boursière, restent les hommes. Michel Pébereau ne doit pas seulement annexer deux entités bancaires, il doit convaincre leurs employés de la validité de son opération. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas convaincu. Du côté de la SG, 1500 cadres ont déjà exprimé leur hostilité au projet tandis que les 31 principaux dirigeants de Paribas ont fait connaître leur soutien à la SG. Pour Suzanne Walther, analyste de Bordier & Cie, «il sera difficile de faire ménage à trois quand deux des protagonistes n'en ont pas envie. La banque est une activité de service dont la bonne marche des affaires dépend en grande partie de ses employés.»

Certains ont déjà traduit en actes leur hostilité ou leur crainte d'être intégrés dans une structure plus large. C'est le cas de Peter Beck, responsable du courtage de titres, qui a quitté Paribas à la suite d'autres dirigeants de grande expérience, comme l'annonçait lundi l'agence Bloomberg. «Attention, prévient Suzanne Walther, lors des opérations de fusion, les équipes qui partent sont celles qui sont assurées de trouver un emploi ailleurs.» Comme dit l'adage, ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont les premiers.