Daniel Bouton, le patron de la Société Générale, peut compter sur ses principaux alliés. Pour l'instant. Au terme d'une séance marathon, le conseil d'administration de la banque a rejeté l'offre d'un rapprochement de l'institut avec BNP et Paribas. L'organe souligne dans un communiqué qu'une participation minoritaire «hostile» de la BNP au sein de son capital serait très préjudiciable. Il renouvelle sa confiance au PDG Daniel Bouton, qui compte lui soumettre prochainement un plan d'action.

Mais les autorités restent favorables à un rapprochement des trois grandes banques. Mardi soir, le Comité des établissements de crédit et des entreprises d'investissement (CECEI) se réunissait pour la première fois depuis l'issue des offres boursières qui a vu la BNP s'emparer de la majorité du capital de Paribas et obtenir 36,8% du capital de SG. Ce comité, présidé par le gouverneur de la Banque de France Jean-Claude Trichet, devra trancher en dernier ressort. Sa décision n'est attendue que pour la semaine prochaine mais les dés semblent pipés. Selon un directeur général de la SG, cité par l'agence d'information financière Bloomberg, le message politique donné à la banque est clair: «Les autorités veulent prendre ce nouveau délai d'une semaine pour expliquer aux actionnaires de la SG qu'il faut se convertir à la solution BNP.»

Les analystes s'attendent eux aussi à une résolution franco-française d'un conflit qui dure depuis six mois. Pour Ulrike Kaiser-Boeing de Lombard Odier & Cie, «Jean-Claude Trichet peut laisser la situation en l'état, avec une BNP actionnaire minoritaire mais important de la SG». La banque de Michel Pébereau devra alors poursuivre la guérilla auprès des actionnaires pour renverser le management actuel. C'est la dernière option. Les autorités comptent plutôt sur un assouplissement de la position des actionnaires qui constituent le noyau dur du capital de SG. Pernod Ricard (2,3% des droits de vote) et Alcatel (4,2%) pourraient tout deux être particulièrement sollicités. L'un attend une décision du gouvernement concernant la reprise de sa filiale Orangina par Coca-Cola et l'autre espère sortir le plus rapidement possible du capital du constructeur de centrales nucléaires Framatome alors qu'un accord a déjà été trouvé avec Bercy. D'autres acteurs encore, comme la Caisse des Dépôts et Consignation (3,6% des droits de vote), pourraient ne pas rester insensibles au projet d'une grande banque française capable de faire le poids sur les marchés internationaux.

Daniel Bouton peut-il compter sur la venue d'un allié européen à même de l'épauler? Le gouvernement français s'est toujours opposé à cette solution. Si les noms du néerlandais ABN Amro, de l'allemand Dresdner ou de l'espagnol BSCH sont souvent cités, Ulrike Kaiser Boeing ne croit pas à un tel partenariat. «La bataille boursière a laissé assez de temps à un établissement étranger pour sortir du bois. Si personne ne s'est fait connaître, c'est que les banques européennes apprécient la difficulté à entrer sur un marché où les autorités politiques restent omniprésentes.»

De plus, Fulvio Macarone, de Pictet & Cie, rappelle que les fusions de banques implantées dans des pays différents ne permettent pas les effets de synergies rencontrés lors du rapprochement de deux concurrents sur leur marché domestique. L'opération perd alors une bonne partie de son intérêt. Au-delà de l'attitude du gouvernement, Fulvio Macarone estime que la communauté des banques françaises rechigne à laisser entrer un nouveau concurrent étranger dans la place: «Toutes les banques non privées, telles les mutualistes, vivent dans un environnement très protégé où la concurrence n'existe qu'à petite dose.»

Sans le soutien du gouvernement et sans espoir d'appui extérieur, Daniel Bouton devrait rapidement rendre les armes, à l'instar de son compagnon de baroud, André Lévy-Lang de Paribas.