Post-référendum

Les banques italiennes plongées dans l’incertitude

Le résultat du vote populaire contrarie fortement les plans de recapitalisation des établissements écrasés par des créances pourries. A ce stade, la question de faire appel à l’Union bancaire ne se pose pas

L’Italie a vu passer 63 gouvernements successifs depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sans drame majeur. C’est cette instabilité chronique de la politique italienne qui, selon plusieurs analystes, explique que la démission lundi du président du Conseil italien Matteo Renzi, n’a pas affolé les marchés.

Lire aussi:  A la demande du président italien, Matteo Renzi diffère sa démission

En effet, l’enjeu immédiat est majeur: il concerne une dizaine de banques italiennes qui agonisent sous le poids des créances pourries – 360 milliards d’euros (380 milliards de francs), soit un tiers du total dans la zone euro – et dont les programmes de recapitalisation se trouvent compromis par l’incertitude née du vote de dimanche.

Le cas de la Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS) est parmi les plus emblématiques. Sa valeur boursière a chuté de 84% depuis le début de l’année et, selon le stress test des banques européennes conduit au printemps dernier par la Banque centrale européenne (BCE), elle a besoin de nettoyer son bilan à hauteur de 28 milliards d’euros de créances pourries d’ici à fin 2016. Un plan de recapitalisation de 5 milliards a été approuvé en juillet dernier par son conseil d’administration Pas un seul kopeck n’a encore été trouvé à ce jour.

Lire aussi: «On va vers la consolidation du secteur bancaire italien»

Marco Morelli, le directeur de BMPS s’est rendu récemment à Doha pour convaincre le fonds souverain qatari de miser sur sa banque. Mais aucune décision n’a été arrêtée. Un plan pour convertir les obligations en actions ainsi que pour émettre de nouvelles actions est mis en veilleuse. «Les investisseurs n’aiment pas les incertitudes, commente Adolfo Laurenti, chef économiste de la banque J.Safra Sarasin. Auparavant, ils attendaient l’issue du référendum; désormais, ils voudraient connaître la tournure des événements post-référendum avant de fixer leur stratégie.»

700 banques en Italie

Autre banque dans une situation délicate: UniCredit, la plus grande banque italienne. «Les événements de cette nuit (de dimanche à lundi) n’altéreront pas notre stratégie», a déclaré lundi son directeur Jean-Pierre Mustier. Depuis le début de l’année, elle a perdu 60% de sa valeur. D’ici fin décembre, elle a besoin de 13 milliards d’euros qu’elle tente de mobiliser par diverses mesures, dont la vente de biens immobiliers et l’émission d’actions. UniCredit voudrait aussi céder sa participation dans Pekao Bank, un établissement public polonais, et espère conclure les négociations d’ici au 13 décembre prochain. A cette date, UniCredit doit préciser son plan de recapitalisation.

Lire également:  Très lointaine «Exitaly»

Une dizaine d’autres banques de plus petite taille se trouvent dans la même situation qu’UniCredit ou BMPS. «La question de solliciter une aide de l’Union bancaire ne se pose pas à ce stade», explique Adolfo Laurenti. Selon lui, un appel à l’aide à cette structure mise en place par l’Eurogroupe afin d’éviter une nouvelle crise bancaire, implique une perte importante pour les petits investisseurs et les ménages italiens ayant ouvert des comptes dans les banques malades. «Le coût d’un «bail-in» (les clients participent aux pertes) sera politiquement insupportable pour tout gouvernement, poursuit l’économiste en chef de la banque J. Safra Sarasin. Dès lors, l’Etat encouragera sans doute la consolidation dans le secteur.» L’Italie compte quelque 700 banques, toutes tailles confondues.

Publicité