Référendum

Les banques italiennes voteraient pour Matteo Renzi

Le secteur financier italien, mais aussi européen, s’enfoncerait encore un peu plus dans la crise si le projet de réformes constitutionnelles était rejeté dimanche prochain

Ce n’est pas seulement l’avenir politique de Matteo Renzi qui est en jeu lors du référendum sur le projet de réformes constitutionnelles de dimanche prochain. Le président du Conseil italien a laissé entendre qu’il quitterait ses fonctions en cas de rejet. «Un non plongerait aussi le secteur bancaire italien dans une grande incertitude, affirme Adolfo Laurenti, chef économiste à la banque J. Safra Sarasin. Dans le scénario du pire, l’ensemble du secteur financier italien, mais aussi européen, s’enfoncerait dans la tourmente.»

Les sondages prédisent un «non». En attendant l’issue du scrutin, les places financières internationales ont fait du surplace mardi, après avoir reculé fortement lundi. En Italie, mauvais élève de la zone euro, la bourse de Milan a enregistré la plus grosse perte en Europe depuis le début de l’année: moins 21%.

Créances pourries

En effet, pas moins de huit banques se trouvent fortement fragilisées, écrasées par le poids des créances pourries – 360 milliards d’euros – et attendent la mise en œuvre de programmes de restructuration. Le cas le plus emblématique concerne Monte dei Paschi di Siena. Un plan de recapitalisation avec des investissements privés est sur la table. Mais pour l’heure, pas un seul kopeck des cinq milliards d’euros nécessaires a été mobilisé.

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Selon le journal en ligne Politico, des documents officiels de la banque font état des difficultés pour mobiliser des investisseurs internationaux. Qatar Investment Authority, un fonds gouvernemental, serait partant pour miser un milliard d’euros, mais refuse de prendre tout engagement ferme à ce stade. Politico affirme même que JP Morgan et Mediobanca qui organisent la restructuration de Monte dei Paschi di Siena se sont même réservés de droit de se retirer du projet, selon le verdict de dimanche.

Les mêmes difficultés se posent pour UniCredit qui a prévu de renforcer son capital à hauteur de 13 milliards d’euros au début de l’année prochaine. Certains investisseurs rechignent à financer les banques malades indépendamment du résultat du référendum. Ils doutent aussi de la capacité de tout gouvernement italien de mener les réformes structurelles économiques jusqu’au bout. Selon une étude publiée cette semaine par la banque Robecco, «l’Italie, l’enfant à problème de l’Europe, a connu un taux de croissance à peine positif au cours des dix dernières années, ce qui rend son électorat encore plus impatient». Pour sa part, l’économiste de la banque J. Safra Sarasin craint qu’en cas de large défaite du gouvernement, l’Italie n’échappe pas aux législatives anticipées en 2017, avec à la clé une victoire possible du mouvement populiste 5 étoiles. «Ce serait le scénario le plus redoutable, dit-il. L’agenda des réformes serait alors enterré et l’Italie pourrait même organiser un référendum sur la sortie du pays de l’Union européenne.» Selon Adolfo Laurenti, si Matteo Renzi l’emporte dimanche, il y aurait au moins la stabilité politique jusqu’à la fin de son mandat en 2018.

«Les marchés n’aiment pas l’incertitude»

Le premier ministre Matteo Renzi est conscient du chaos potentiel au cas où les urnes donnent raison à ses adversaires. «Si le non l’emporte dimanche, il y aura toujours un gouvernement le lendemain, qu’il soit politique, technique, super-technique ou super-politique, a-t-il voulu assurer lundi soir. Nous ferons tout ce qu’il faut pour que l’Italie soit en mesure d’affronter tous les défis qui l’attendent.»

Le ministre italien des Finances a aussi commenté l’incertitude régnant sur les marchés alimentés par la fragilité des banques italiennes. Pour Pier Carlo Padoan, «il est évident que les marchés n’aiment pas l’incertitude créée par ce référendum, mais les fondamentaux de l’Italie sont bons», a-t-il rassuré lundi.

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