Blockchain

Les banques préfèrent les jetons numériques aux cryptomonnaies

Majoritairement réfractaires aux cryptomonnaies, les banques suisses s’intéressent de plus en plus aux tokens, qui peuvent être adossés à des actifs réels

Finalement, qu’est-ce que la blockchain va changer pour les banques? Elle va permettre d'offrir une nouvelle ligne de produits et de fidéliser les clients, répond en substance Daniel Haudenschild, le patron de la filiale de Swisscom dédiée à cette nouvelle technologie. Le Temps l’a rencontré le 31 octobre, le jour du dixième anniversaire de la parution du white paper de Satoshi Nakamoto, qui marquait la naissance officielle du bitcoin.

«Ce white paper a changé le monde, même si le monde ne le sait pas encore», lance Daniel Haudenschild, qui dirige Swisscom Blockchain, une entité qui fournit du conseil et des infrastructures liés à la blockchain. La cause de ce bouleversement encore discret? Le ou les auteurs dissimulés derrière le pseudonyme de Satoshi Nakamoto énonçaient alors le concept d’actifs numériques, inaltérables et transférables sans contrepartie centrale.

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Adossés à des actifs réels

Ces jetons – également appelés «tokens» – peuvent représenter une partie d’un actif, par exemple d’un lingot ou d’un bien immobilier. Ces tokens peuvent être échangés sur la blockchain, qui garantit leur intégrité, à n’importe quel moment et sans avoir besoin d’une banque. «Nous assistons à une accélération de la «tokenisation» des actifs réels, poursuit Daniel Haudenschild, un ancien d’EY passé par de grands établissements d’investissement à Londres. Les grandes banques affirment qu’elles n’achèteraient jamais de bitcoins, mais elles sont très disposées à avoir leur propre jeton. Certaines ont commencé à en émettre, qui sont adossés sur du pétrole, du soja ou des diamants par exemple.»

Ce nouvel instrument, insensible aux fluctuations des monnaies, intéresse particulièrement les clients issus de pays émergents, où l’économie et le cadre légal sont plus instables, mais pas seulement, poursuit notre interlocuteur: «Qu’est-ce qui inspire le plus confiance, entre un jeton numérique adossé à l’or avec une garantie suisse, et le mécanisme de la balance des paiements des Etats-Unis, aux mains de l’administration, qui peut faire fluctuer le cours du dollar? Je sais ce que je choisirais, sans hésitation.»

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La période de réticence des banques face à la blockchain semble révolue, à en croire Daniel Haudenschild. Lancée à l’automne 2017, Swisscom Blockchain voulait avoir dix discussions avec des clients potentiels sur des solutions blockchain d’ici à l’automne de cette année. «Nous avons atteint 16 discussions en août et nous parlons avec trois à quatre banques chaque semaine en Suisse, qui ont des plans précis.» La première étape de ces plans consiste souvent à pouvoir stocker des tokens dans des coffres-forts numériques abritant les codes d’accès aux valeurs numériques.

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Ensuite, pour le négoce lui-même, la blockchain encourage aussi la fidélité des clients, conclut Daniel Haudenschild: «Lorsqu’un client a été identifié et qu’il a effectué les contrôles réglementaires contre le blanchiment dans une banque, il peut utiliser tous les produits de cette banque. Ces processus étant relativement lourds, le client voudra éviter de les répéter avec un autre établissement. Donc s’il a acheté un jeton adossé sur du pétrole et qu’il veut acheter un autre token adossé sur le diamant, il aura plutôt tendance à attendre que sa banque le propose.»

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