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Les banquiers genevois s’inquiètent de l’environnement difficile pour leurs affaires.
© SALVATORE DI NOLFI/KEYSTONE

Gestion de fortune

Dans les banques privées, des actifs records mais très peu rentables

Les cinq plus grands établissements privés genevois ont publié leurs résultats annuels 2016. Ils gèrent collectivement 1080 milliards de francs d’actifs, mais leur marge nette sur les avoirs gérés est estimée entre 0,06% et 0,15%

On connaît maintenant les résultats 2016 du «club des 100» – les cinq banques privées genevoises qui gèrent chacune plus de 100 milliards de francs d’actifs. Pictet, Lombard Odier, l’Union bancaire privée (UBP), Safra Sarasin et Edmond de Rothschild ont livré depuis le début de l’année des renseignements plus ou moins exhaustifs concernant leur performance en 2016. L’heure est idéale pour un premier bilan.

Pris globalement, ces 5 établissements géraient précisément 1080 milliards de francs d’actifs au 31 décembre 2016. C’est 76 milliards de plus que fin 2014, ce qui représente une progression de 7,5% pendant cette période marquée par la régularisation de nombreuses clientèles, en vue de l’entrée en vigueur de l’échange automatique de renseignements fiscaux, le 1er janvier dernier.

Lire aussi notre éditorial: Quand un milliard ne suffit pas

La date de 2014 est importante, car c’est à partir de cette année-là que Pictet et Lombard Odier ont publié leurs résultats complets, après leur transformation en société anonyme. On dispose donc de davantage de données pour les trois dernières années, ce qui permet une meilleure comparaison.

Les acquisitions ont eu des effets plus ou moins marqués

L’UBP a réalisé la meilleure progression de la masse sous gestion, avec un bond de près de 20% entre 2014 et fin 2016, passant de 98,7 milliards à 118,3 milliards. Cette progression a été alimentée par des acquisitions. Celle, annoncée en mai 2013, des activités de banque privée internationale de Lloyds Banking Group, qui représentait 10 milliards. Celle, ensuite, des actifs de la banque Coutts, qui était l’unité de gestion de fortune internationale du groupe Royal Bank of Scotland, soit une trentaine de milliards de francs d’actifs.

Egalement actif sur le front des acquisitions depuis 2014, J. Safra Sarasin a acquis les activités de gestion de fortune de l’Américain Morgan Stanley en Suisse, celles de la banque israélienne Leumi au Luxembourg et enfin celles de Credit Suisse à Gibraltar et à Monaco. Sur cette période, les avoirs de la banque en mains de la famille Safra sont passés de 146 à 148,5 milliards (+1,7%).

Traditionnellement rétifs aux acquisitions, Pictet et Lombard Odier ont pour leur part vu leurs masses sous gestion progresser de 6,2% et 8,4% respectivement, entre 2014 et fin 2016. Dans le même temps, celle de Rothschild augmentait de 7,8% à 118,1 milliards. A noter que la majeure partie des 5,2 milliards de nouveaux actifs nets attirés par Lombard Odier l’an dernier s’est dirigée vers l’activité de services informatiques du groupe genevoise, précisait la semaine dernière l’associé senior Patrick Odier, lors de la présentation des résultats annuels.

Le bénéfice cumulé a progressé de 2,5%

Toujours entre 2014 et 2016, ce «club des 100» a vu progresser son bénéfice net cumulé de 2,5% entre 2014 et fin 2016, pour atteindre 1,038 milliard de francs. Et ce malgré le paiement pour quatre d’entre eux d’amendes américaines représentant un total de 420 millions de dollars (environ 423 millions de francs).

Individuellement, Pictet (-8% à 422 millions) et Rothschild (-0,3% à 63 millions) ont subi un recul de leur résultat net entre 2014 et 2016. A l’inverse, la palme de la progression revient à J. Safra Sarasin, dont le bénéfice net a bondi de 22,9% depuis 2014, à 252,1 millions. Toujours sur trois ans, Lombard Odier enregistre une hausse de 3,75% de son profit net, à 124,5 millions.

Ratio de rémunération de 65%

La banque affiche un ratio charges/revenus de 83% pour 2016, alors qu’il atteignait 80% l’année précédente. Le rapport entre les charges et les revenus donne une indication sur l’efficacité d’une banque: plus il est élevé et moins l’institut est efficace.

Lombard Odier explique cette dégradation par des investissements de quelque 45 millions de francs réalisés l’an dernier dans le secteur technologique.

Mais l’établissement possède aussi la particularité d’afficher le ratio de rémunération le plus élevé dans ce petit groupe de grands établissements genevois. Ce rapport entre les charges de personnel et les revenus opérationnels indique le poids des rémunérations dans une organisation.

Selon le rapport semestriel, les charges de personnel représentaient 64,8% des revenus opérationnels chez Lombard Odier mi-2016, contre 56,4% chez Rothschild, 53,2% chez Pictet, 48,1% à l’UBP et 46% chez J. Safra Sarasin (à fin 2016, puisque la banque a déjà publié son rapport annuel 2016).

La rentabilité est fortement mise sous pression

Le calcul de la marge nette de ces cinq établissements est délicat, puisqu’ils sont actifs dans plusieurs métiers qui n’assurent pas le même niveau de rentabilité: gestion privée, asset management, services technologies, dépôt, etc.

Autres raisons: la répartition des avoirs entre les différentes activités n’est pas toujours rendue publique et les résultats de chacune de ces divisions ne sont généralement pas publiés. Mais un analyste spécialisé dans les banques a accepté de se prêter au jeu des estimations pour Le Temps. Cet expert ne souhaite pas être cité nommément, car lui aussi travaille pour une banque genevoise. Et s’exprimer sur des établissements concurrents romprait une forme de consensus feutré qui continue de prévaloir sur la place financière du bout du lac.

On atteint probablement un point bas dans le cycle

Selon ses calculs, la marge nette dégagée sur les seuls avoirs véritablement gérés par ces cinq établissements s’échelonnait l’an dernier entre 0,14% et… 0,02%. Ce dernier chiffre est à prendre avec des pincettes puisqu’il a été fortement influencé par l’amende américaine payée cette année-là. Pour 2016, la marge nette varie entre 0,06% et 0,15%, toujours selon les estimations de cet analyste.

«On atteint probablement un point bas dans le cycle, commente le spécialiste. Le problème est que ce point bas commence à durer et qu’il risque de peiner à se relever tant que l’environnement actuel perdure, avec des taux d’intérêt bas ou négatifs, des marchés difficiles et beaucoup d’incertitudes en Europe ou aux Etats-Unis.»

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