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Binbank, la douzième banque du pays et la septième pour les dépôts individuels est passée la semaine dernière sous l’administration de la Banque centrale de Russie (BCR).
© MAXIM ZMEYEV/AFP

Faillites

Les banques privées russes subissent une hécatombe

Les grands établissements privés mordent la poussière les uns après les autres, entraînant une migration massive des dépôts vers les banques d’Etat. Assainissement forcé ou renationalisation du secteur?

C’est un cyclone financier qui n’en finit pas de gagner en puissance. Binbank, la douzième banque du pays et la septième pour les dépôts individuels, est passée la semaine dernière sous l’administration de la Banque centrale de Russie (BCR). Il y a deux semaines, c’était Otkrytié, première banque privée du pays, qui s’effondrait avec un trou de 1000 milliards de roubles (16,8 milliards de francs) dans sa balance. La quinzième banque du pays, Iougra, avait ouvert le bal cet été. Et c’est sans compter les dizaines d’établissements moins importants que le régulateur prive de licence chaque trimestre.

Ces faillites en série ont mis la classe politique en émoi. Lundi, un groupe de députés du parlement russe a réclamé que les actionnaires de ces banques soient durement punis pour stopper une hémorragie financière prenant des allures systémiques. Car, au final, c’est le contribuable qui paie les pots cassés. Les députés veulent étendre la responsabilité des propriétaires de banques, c’est-à-dire les contraindre à éponger les pertes au moyen de la totalité de leurs biens en cas de procédure d’assainissement de leurs établissements. Aujourd’hui, cette menace ne pèse que sur les propriétaires de banques en faillite, et leur responsabilité se limite aux capitaux qu’ils ont placés dans leur banque.

Activités illégales

Le cabinet Ekspert RA a rendu lundi un rapport concluant que le secteur bancaire a «cessé de dégager des profits pour ceux qui travaillent de manière légale». Des cas de banquiers malhonnêtes fuyant à l’étranger avec l’argent de leurs clients ont défrayé la chronique. D’autres se livrent à du blanchiment ou se servent de banques comme pompes à liquidités pour créditer leurs propres entreprises.

Mais la stagnation de l’économie et les sanctions financières internationales contre la Russie ont aggravé la situation d’un secteur déjà soumis à une pression croissante de la Banque centrale. Dans un marché en croissance, les banques privées parviennent à être compétitives. Mais en période de stagnation comme aujourd’hui en Russie, la qualité du service et des produits passe au second plan derrière la sécurité, note l’ancien premier vice-président de la Banque centrale Oleg Viouguine.

Pour lui, «nous assistons aujourd’hui à une fuite de la qualité vers la sécurité, qui est l’apanage des banques d’Etat». Les emprunteurs solvables optent en masse pour ces dernières, tandis que les moins solvables en sont éconduits et se rabattent sur les banques privées. Celles-ci sont forcées de travailler avec des clients plus risqués, ce qui aggrave encore leur balance. Les banquiers privés sont tentés de créditer leurs propres entreprises – phénomène des banques de poche – plutôt que de prêter à des clients risqués.

Les banques étrangères quittent le pays

Les banques étrangères sont à peine mieux loties. Avec les sanctions internationales, elles ont perdu de leur superbe et se trouvent, elles aussi, en position d’infériorité par rapport aux banques publiques. Le quotidien Vedomosti a révélé la semaine dernière que la banque suédoise Nordea cherchait un acheteur pour sa filiale russe, rejoignant une liste de douze banques étrangères ayant quitté le pays depuis 2010, dont Morgan Stanley, Barclays, Swedbank, ICICI et Santander.

Qu’elle soit ou non orchestrée en haut lieu, cette tendance va aboutir à une nouvelle nationalisation du secteur. Si, en 2004, l’Etat ne représentait que 30% du capital des banques russes, il est monté aujourd’hui à 60%. Oleg Viouguine prédit qu’à moyen terme, l’Etat va monter à 80% du secteur, à travers cinq banques (dont Sberbank et VTB). Ce qui risque de tuer toute concurrence. Avec, à la clé, un accès au crédit bon marché limité aux groupes politiquement favorisés, tandis que les PME seront littéralement asphyxiées. On voit mal comment un tel secteur financier pourrait aider la Russie à sortir de la stagnation économique.

Lire également: La banque privée à l’aube de sa renaissance

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