Fin 2004, les banques en Suisse géraient environ 3600 milliards de francs, contre près de 3300 milliards fin 2003, selon la BNS. La place financière se porte donc bien. Mais, en réalité, l'écart ne cesse de se creuser entre les grandes banques et les petits et moyens établissements.

Les résultats 2004 le confirment: les banques privées traditionnelles peinent à attirer de nouveaux avoirs de clientèle privée. Julius Bär, Sarasin, Vontobel et VP Bank ont globalement déçu les attentes. Depuis 2002, leurs divisions institutionnelles attirent plus d'argent que leur cœur de métier, la gestion privée.

Julius Bär a connu une sortie nette de fonds de 800 millions de francs dans sa division privée. Désormais, l'argent institutionnel représente 55% des avoirs gérés. HSBC attribue ces difficultés à la présence limitée de la banque zurichoise sur le marché domestique européen, en Asie et dans les Amériques.

Chez Sarasin, l'Asie a alimenté les afflux nets, grâce à la présence de Rabobank dans cette région. Le groupe néerlandais a pris en 2002 une participation de 28% au capital de la banque privée bâloise. Sarasin a aussi conclu en 2004 un joint-venture avec Alpen Capital à Dubaï pour prendre part au marché à plus forte croissance du Moyen-Orient.

Les résultats de Vontobel ont aussi déçu: «Les faibles afflux nets d'argent frais renforcent notre idée que la gestion offshore traditionnelle est au mieux un ex-marché de croissance.» Verdict de Peter Thorne, analyste de Helvea (recherche du groupe Pictet). Vontobel a tout de même fait rentrer de nouveaux avoirs privés. Mais, là aussi, c'est grâce au développement des marchés de croissance en Europe centrale et de l'Est et en Amérique latine.

Signe des difficultés sur le marché des fortunes supérieures, Vontobel a conclu un partenariat avec le groupe Raiffeisen en 2004 et va étendre le conseil actif à ses clients. «Le seul moyen de croître dans le marché offshore saturé est de gagner des parts de marché aux dépens des concurrents», conclut Claudia Meier, analyste chez Vontobel.

«La place financière fait face à une pression sur les revenus, les courtages et les commissions de gestion, et, de l'autre côté, elle subit une pression sur les coûts réglementaires et de personnel», a résumé jeudi Ivan Pictet, associé de la banque privée genevoise Pictet & Cie, lors du forum de la CIFA (Convention of Independent Financial Advisors) à Genève. Pictet tire son épingle du jeu, avec une croissance de 6,6% de ses avoirs gérés, contre une stagnation chez LODH (lire ci-dessous). Pictet investit de façon sélective dans une présence européenne. Elle offre des services de gestion de fortune à Dubaï en partenariat avec la National Bank of Dubaï. Depuis 1995, Singapour est son siège régional en Asie. Jean-Claude Erne, directeur de Pictet Asia, s'attend à une croissance de 10% des afflux nets, contre 3 à 4% en Europe.

Au final, la taille devient le différenciateur clé dans la gestion de fortune. En 2004, Credit Suisse Private Banking a attiré la part la plus élevée d'argent frais, et ouvert des succursales en Europe de l'Est, en Asie et au Moyen-Orient. UBS a atteint la rentabilité opérationnelle dans sa gestion domestique en Allemagne et au Royaume-Uni, et s'approche de l'équilibre en Italie. Sur les marchés plus difficiles de France et d'Espagne, UBS devra poursuivre des acquisitions. Des initiatives coûteuses, qu'autorise la surface financière de UBS.