Covid, covid, covid: le mot a été omniprésent dans la présentation du directeur de la Finma Mark Branson, mercredi, sur les principaux risques qui pèsent actuellement sur les banques suisses. La pandémie a déclenché toute une série de pressions sur les institutions financières, la principale découlant du risque de pertes sur des crédits accordés à des entreprises étrangères. En Suisse, les secteurs de l’économie qui souffrent le plus de la récession provoquée par le Covid-19 ne représentent pas un risque systémique pour les banques et les assureurs, estime le surveillant des marchés financiers.

La pandémie aura des conséquences sur les marchés financiers pendant encore des mois, voire des années, estime la Finma dans la deuxième édition de son «Moniteur du risque». La menace pour le secteur financier viendra surtout de l’étranger, en particulier des crédits accordés par les banques suisses à des entreprises étrangères. Des prêts qui risquent de plus en plus de ne pas être remboursés, ou de l’être partiellement. En conséquence, les établissements les plus actifs dans le reste du monde – les deux grandes banques en premier lieu – sont les plus exposés.

A quelle hauteur? Mi-2020, les banques suisses détenaient des créances sur des entreprises étrangères pour un total de 78,1 milliards de dollars (72 milliards de francs), selon des chiffres de la Banque des règlements internationaux. C’est environ 2,5 fois moins que leurs créances sur des entreprises suisses. Selon des statistiques de la BNS, les deux grandes banques représentent environ 75% des crédits distribués à des sociétés non financières étrangères.

Pertes de 500 millions dans les matières premières

Les assureurs sont également exposés aux conséquences de la crise du covid à travers les marchés obligataires, qui représentent en moyenne 19% de leurs placements, ajoute la Finma. Le commerce des matières premières constitue une autre source de pertes pour les banques suisses actives sur ce segment. Dans cette activité marquée par des faillites et des fraudes internationales au premier semestre, ces établissements ont subi des pertes de l’ordre de 500 millions à fin septembre, selon la Finma.

En revanche, le risque de pertes sur crédit semble moindre en Suisse, à en croire la Finma: la récession y a été moins sévère en comparaison internationale et l’économie a été soutenue par des mesures publiques, notamment les 16,7 milliards de francs de prêts-relais distribués à des entreprises suisses avec la garantie de la Confédération.

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Et si l’on prend en compte la deuxième vague? «Les secteurs de l’économie suisse les plus touchés – hôtellerie, restauration, transport – représentent un risque modéré pour le secteur financier, car les encours de crédit en faveur des entreprises concernées sont relativement faibles, répond Mark Branson, le directeur général de la Finma. La situation est différente des Etats-Unis, par exemple, où des secteurs comme l’énergie vont mal.» Pas de risque systémique d’origine domestique en Suisse, donc.

Pertes d’emplois prévisibles dans la finance

De manière plus générale, les réserves de liquidités et de capitaux accumulées par les acteurs de la finance ces dernières années vont aider à amortir le choc. On touche ici un effet paradoxal de la pandémie: ces réserves ont aussi été alimentées par les bons résultats enregistrés par les banques suisses au premier semestre.

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La pandémie a exacerbé les autres risques mis en avant dans le rapport de la Finma. La persistance des taux d’intérêt bas, voire négatifs comme c’est le cas en Suisse, affecte la rentabilité des banques et pourrait provoquer de nouvelles mesures d’économies, avec pertes d’emplois à la clé. Les assureurs vie ne sont pas à l’abri non plus, des contrats existants contenant des garanties de taux d’intérêt de plus en plus difficiles à tenir.

Par ailleurs, la Finma voit un risque de correction sur l’immobilier domestique: le taux de vacance dans le résidentiel détenu par des investisseurs a augmenté du fait de la pandémie, tandis que la demande a chuté dans l’immobilier commercial. La situation est jugée suffisamment critique pour que la Finma ait pratiqué des tests de résistance sur les banques et les assureurs. Verdict: ces acteurs sont particulièrement vulnérables à une correction des prix de l’immobilier.

Enfin, la Finma va s’intéresser de plus près à un autre risque à long terme pour le secteur financier: le risque climatique. L’autorité de surveillance compte obliger les plus grandes banques du pays à fournir davantage d’informations sur leur stratégie, leur gouvernance et leur gestion du risque en matière climatique.