Les banques russes craignent d’être exclues du système financier

Sanctions Les établissements pourraient être coupés de Swift, qui traite les transactions bancaires

Pour le patron de VTB, la mesure serait une «déclarationde guerre»

Les sphères médiatiques et bancaires russes sont agitées cette semaine par la menace d’une coupure imminente du système d’échange d’informations Swift par les Etats-Unis. Le quotidien russe Kommersant a lancé la bombe lundi matin en citant une source anonyme «proche» du Département d’Etat américain.

«Les Etats-Unis vont tenter, comme par le passé, de trouver une solution diplomatique. Mais cela n’a donné aucun résultat sensible jusqu’ici. Du côté des sanctions, nos possibilités sont loin d’être épuisées.» Pour cette source, «exclure la Russie du système Swift sera très douloureux». Ce dernier traite les transactions bancaires internationales. Contacté, le Département d’Etat américain s’est refusé à tout commentaire.

Le président Barack Obama a prévenu de son intention de durcir les sanctions sans donner de précision à l’égard de la Russie, après le bombardement de Marioupol samedi, lors duquel ont péri 30 civils ukrainiens.

Washington peut en principe couper les banques russes des banques américaines via une directive, ou bien en faisant pression sur le centre opérationnel du système Swift, qui se trouve physiquement aux Etats-Unis. En revanche, la Maison-Blanche ne peut bloquer les échanges d’informations entre les banques russes et d’autres pays, qui sont régulés par d’autres centres opérationnels Swift répartis à travers le monde.

L’Europe «débat activement» de la possibilité de cette mesure de rétorsion, selon le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Pavel Klimkin, repris par la presse de son pays. Le Parlement européen a averti dès septembre ses pays membres de se préparer à une telle éventualité, tout en jugeant à ce stade que la mesure irait trop loin dans les dommages infligés à l’économie russe.

La société Swift a signalé à plusieurs reprises qu’elle n’envisageait pas d’exclure la Russie de ses services, à moins qu’une directive en ce sens émane d’un organisme supranational habilité. La menace est prise très au sérieux par plusieurs figures du monde bancaire russe. Pour le patron de la seconde banque du pays, VTB, Andreï Kostia, l’exclusion du système Swift équivaut «à un retour à la Guerre froide» de l’Occident contre la Russie, a-t-il prévenu lors d’un débat au Forum économique mondial de Davos. Pour le banquier, «c’est bien plus qu’une affaire de banques».

L’expert russe Konstantin Simonov renvoie les Européens aux conséquences négatives qu’ils courent, car «on ignore de quelle manière seront réglés les achats d’hydrocarbures russes, dont l’Europe ne saurait pour l’instant se passer».

Philippe Delpal, expert bancaire basé à Moscou depuis plus d’une décennie, souligne l’aspect à double tranchant d’une telle mesure, car «les grands établissements d’Etat russes assurant les services aux sociétés internationales seront très touchés par la mesure, mais aussi les succursales de droit russe des banques étrangères. Débrancher la Russie de Swift créerait un grave précédent qui pourrait conduire les pays émergents à chercher des alternatives à ce système».

La menace d’isolation s’ajoute à une longue liste de problèmes auxquels le système bancaire russe devra faire face en 2015. La crise économique conduit à une dégradation de la performance des crédits à une augmentation des frais de gestion et du coût de refinancement. La forte dévalorisation du rouble a poussé les Russes à retirer massivement leur épargne, mettant plusieurs banques de taille moyenne en grande difficulté. La confiance est à son plus bas niveau depuis 1998.

Pour limiter la casse, les autorités ont décidé d’aider 27 banques, qui devront recevoir une injection correspondant à 25% de leur capital. BNP Paribas estime dans une note que les banques russes pourraient avoir besoin de pas moins de 2700 milliards de roubles (37 milliards de francs) en injections de capitaux pour soutenir leur activité de crédit et résorber les pertes sur les prêts non remboursés. L’autre risque concerne une baisse supplémentaire des cours du pétrole, qui «pourrait conduire à une panique bancaire», selon l’expert financier Ovanes Oganisian, stratège chez Midlincoln.

Une baisse supplémentairedes cours du pétrole «pourrait conduire à une panique bancaire»