Exactement 80% des banques devraient présenter de bons résultats pour 2016 et seulement 7% une baisse d’au moins 10% du bénéfice d’exploitation, selon le «baromètre des banques 2017». Ce sondage auprès de 120 établissements, dont les deux grands UBS et Credit Suisse, a été réalisé par EY et présenté jeudi à la presse, à Zurich. Mais derrière une image de stabilité, les banques traversent une profonde mutation et subissent des pressions sensibles sur leur rentabilité. D’ailleurs, 92% établissements tablent sur une future diminution des rendements.

Les volumes augmentent, pas la rentabilité

En 15 ans, le bilan des banques s’est accru de 42%, le volume des hypothèques de 84%, les dépôts de la clientèle de 95%, mais cette forte expansion des volumes n’a pas augmenté la rentabilité. Au contraire, le bénéfice d’exploitation total a diminué de 7%, selon les statistiques de la BNS.

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La transformation en cours dans la gestion de fortune et la baisse de la marge d’intérêts placent les banques face à un défi. «Elles doivent à la fois économiser et investir dans leur transformation. Elles sont donc obligées de marier deux objectifs apparemment contradictoires», a déclaré Olaf Toepfer, associé chez EY.

Baisse de la productivité sur 15 ans

La contradiction entre ces deux priorités n’est qu’apparente, selon le consultant. Les banques doivent diminuer les coûts à court terme afin de libérer les ressources nécessaires pour investir dans leur réorientation structurelle. «Mais la baisse des coûts ne peut plus se limiter aux moyens habituels, tels que la réduction des équipes sous peine de ne plus remplir correctement leur mandat. C’est l’ensemble du modèle et de la chaîne de valeur qui doit être repensé», selon Olaf Toepfer. Car si, en 15 ans, la productivité (en termes de chiffres d’affaires par employé) s’est accrue de 70% dans l’industrie alimentaire suisse et de 37% dans la construction, elle a diminué de 8% dans les banques.

A la question des priorités des 6 à 12 prochains mois, le contraste est total par rapport aux réponses de l’an dernier. L’amélioration de l’efficacité, l’optimisation des processus et l’industrialisation arrive en tête alors qu’elle arrivait en 16e position l’an dernier. La réduction des coûts pointe en deuxième place, après avoir été 17e il y a un an.

Baisse des effectifs et des succursales

La baisse des effectifs et le resserrement du réseau sont donc au programme de 2017. Selon le sondage, 15% des banques veulent réduire le nombre de salariés d’au moins 5%. Dans les banques privées, le taux grimpe à 26%. Et 95% veulent diminuer le nombre de succursales. Au cours des 15 dernières années, 640 succursales ont d’ailleurs fermé leurs portes (17% du total).

Ces dernières années, la priorité des banques était de régler les problèmes du passé et de mettre en place des exigences réglementaires plus sévères.

La numérisation accélère la mutation, mais seule une minorité des sondés reconnaissent le potentiel global de la digitalisation. Ils sont 64% à penser que le cœur de leur activité demeure inchangé et que la numérisation n’est qu’un canal de vente supplémentaire. Elle va pourtant bien plus loin, selon EY. «C’est un défi essentiel dans la relation avec le client», affirme Stéphane Müller, responsable des services financiers en Suisse romande.

Le jugement des banques à l’égard des taux négatifs a également changé. Parmi les banques interrogées, 95% constatent que ses effets sont importants sur leurs affaires et 35% prévoient l’introduction de taux négatifs pour la clientèle privée. Voire 60% pour les banques cantonales, contre 20% l’année dernière.


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