Les banques suisses sont moins nombreuses, mais elles croissent

Etude La valeur ajoutée prime sur le nombre d’instituts, juge l’ASB

Le secteur bancaire a été caractérisé par des tendances contraires l’an dernier. En 2014, les 275 banques helvétiques recensées par le «Baromètre bancaire 2015» de l’Association suisse des banquiers (ASB) ont amélioré leurs résultats, avec un bénéfice annuel consolidé de 14,2 milliards de francs (+19% sur un an). Les pertes affichées par les instituts déficitaires ont aussi crû d’un quart pour s’établir à 6,8 milliards. Toutefois, seuls 29 instituts étaient déficitaires en 2014, contre 48 banques en 2013. Les actifs sous gestion ont, eux, progressé à 6656 milliards de francs, en hausse de 518 milliards, tirant parti notamment de la croissance des portefeuilles de titres ainsi que de «solides entrées d’actifs en provenance de pays émergents et de pays en transition en Europe», selon un communiqué de l’ASB jeudi.

La Suisse conserve sa place de leader de la gestion de fortune transfrontalière, avec 25% de parts de marché, avant les places financières de Singapour et de Hongkong qui gèrent 16% des actifs mondiaux. Mais les deux places asiatiques croissent à un rythme annuel de 9%, contre 4,5% pour la Suisse.

En quinze ans, 100 banques ont cessé leurs activités. Faut-il s’en inquiéter? Pour Martin Hess, responsable de la politique économique à l’ASB, le nombre d’établissements n’est pas le critère essentiel. Il importe plus que la chaîne de valeur ajoutée demeure en Suisse. Fin août, une étude publiée par KPMG consacrée aux banques privées prévoyait un recul de 30% des gérants de fortune d’ici à trois ans en Suisse.

Pas de «rupture de digue»

Martin Hess ne croit pas à ce ­pronostic: «Depuis 2012, on nous prédit constamment un recul du nombre de banques dans cette proportion. Mais il n’y a aucun élément concret qui appuie cette thèse», a-t-il déclaré devant les médias à Zurich. S’il n’anticipe pas une «rupture de digue» dans la branche, la consolidation va se poursuivre.

De son côté, Ernst & Young, auteur d’une étude sur les banques en début d’année, prévoit une poursuite du mouvement de consolidation. Dans la gestion de fortune, il concernera en particulier les instituts en mains étrangères. Quant à la baisse de 30% évoquée par KPMG, Ernst & Young s’attend à une réduction «dans cet ordre de grandeur, mais répartie sur une durée beaucoup plus longue». «Une réduction de 30% en trois ans du nombre de banques actives dans la gestion de fortune correspondrait à environ 17 instituts en moins par an, comparé à 7 à 10 transactions annuelles observées récemment», relève Nick Blaydes, directeur exécutif et responsable des fusions et acquisitions dans les services financiers chez Ernst & Young. Il n’y a aucun signe indiquant que ce nombre puisse augmenter de manière aussi drastique ces prochaines années, juge l’expert.

L’évolution de l’emploi dans la branche a été stable. En 2014, les banques suisses occupaient 104 053 employés (–1,6%), principalement à Zurich avec environ 55 000 personnes et à Genève (19 000). Par catégorie d’instituts, la plus grande baisse a eu lieu chez les banquiers privés (–3569 employés) et les grandes banques (-1237 personnes). En comparaison historique, les effectifs des banques suisses sont revenus à peu près à leur niveau de 2006, une constance jugée surprenante par Martin Hess compte tenu des transformations intervenues dans le secteur.