Crise financière

Les banques suisses à l'abri de la crise turque, mais pas l'Europe

La Suisse semble hors de danger, puisque les engagements helvétiques vis-à-vis de la Turquie ne dépassent pas 6,2 milliards de dollars. Mais la chute des actions des banques européennes les plus engagées dans le pays souligne le risque de contagion

La crise turque pénalise les instituts et investisseurs ayant des engagements dans le pays. L’effet négatif est double, la baisse de valeur des obligations locales, à la suite de la hausse des taux turcs, et la chute de la monnaie.

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Depuis le début de l’année, la Turquie est le principal contributeur à la baisse de 13,69% de l’indice obligataire Bloomberg Barclays émergents «Europe, Moyen-Orient et Afrique», avec une baisse de 51,25%. Cette dernière s’ajoute à la chute de 40% de la livre turque, explique Catherine Reichlin, directrice de la recherche financière auprès de Mirabaud.

«Il n’y a pas encore d’effet de contagion global sur les pays émergents, mais l’inquiétude croît ainsi qu’en témoigne la hausse de l’indice de volatilité VIX, de même que le renforcement du franc suisse contre l’euro à plus de 1,13 franc», ajoute l’analyste genevoise.

Au vu des défis politiques et structurels en Turquie, comme le déficit du compte courant, la dépendance du pays aux investissements étrangers et une politique monétaire non indépendante, Mirabaud garde son extrême prudence vis-à-vis d’investissements en Turquie.

Improbable sauvetage par le FMI

La poursuite de la baisse de lundi n’est pas une opportunité d’achat, car la crise turque devrait s’étendre, même si elle n’a pas un caractère systémique pour les banques européennes, ajoute Karsten Junius, chef économiste auprès de Safra Sarasin. Le président Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas fait beaucoup d’amis ces derniers mois, si bien qu’un sauvetage par le FMI ou d’autres organisations est improbable actuellement.

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La BCE s’inquiète des engagements de trois banques européennes, à savoir l’espagnole BBVA (–6% en bourse lundi en début d’après-midi), laquelle est propriétaire à 50% de la banque turque Garanti, l’italienne UniCredit (–4%), pénalisée par sa participation à 40% dans Yapi Kredi, et la française BNP Paribas (–1%), qui détient 72% de Türk Ekonomi Bankasi (TEB).

Le risque pour ces banques semble pourtant limité: selon un analyste, la Turquie représente 14% du bénéfice de BBVA, 9% de celui d’UniCredit et 0,5% de celui de BNP Paribas.

La dépréciation de la livre turque se traduit par une hausse de l’aversion au risque qui affecte les banques européennes. Celles qui détiennent des actifs en Turquie peuvent être amenées à réviser à la baisse la valeur de ces actifs. Alors que celles qui ont accordé des prêts devront probablement augmenter leurs provisions pour risques de crédit, selon Cédric Spahr, stratégiste auprès de la banque Safra Sarasin.

L’Espagne est la plus vulnérable

L’Espagne semble la plus vulnérable au risque turc. La Banque des règlements internationaux (BRI) compile les volumes de crédits accordés par les banques étrangères à l’égard de la Turquie. A fin mars, il en ressort que l’Espagne détient des prêts de 82 milliards de dollars envers la Turquie, la France de 38 milliards, le Royaume-Uni de 19 milliards, les Etats-Unis de 18 milliards, l’Italie de 17 milliards. La BRI précise que les crédits de l’Espagne se répartissent entre 19 milliards à l’égard de l’Etat turc, 2,3 milliards aux banques et 59 milliards aux entreprises.

Les mêmes statistiques ajoutent que les crédits de la Suisse à la Turquie se limitent à 6,2 milliards de dollars, dont 4,2 milliards à échéance inférieure à un an. «Pour la Suisse, la situation est sans risque», conclut Cédric Spahr.

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Credit Suisse ne publie pas le montant de ses engagements envers la Turquie, selon son porte-parole. Mais un rapport aux régulateurs pour l’année 2017 détaille les 16 principaux pays dans lesquels elle est exposée. La Turquie n’en fait pas partie. Le 16e est Hongkong avec 5,96 milliards de dollars. Selon AWP, UBS comptabilisait fin 2017 des engagements nets de 552 millions de francs dans ce pays, dont la majeure partie sous forme de crédits, selon le rapport intermédiaire.

«Les banques demeurent le talon d’Achille de la zone euro, avance Thomas Stucki, responsable de la stratégie d’investissement auprès de la Banque cantonale de Saint-Gall et ancien responsable des placements auprès de la BNS. A son goût, «à l’inverse de l’Irlande ou des Pays-Bas, l’Italie et la France n’ont pas réalisé l’assainissement nécessaire de leurs banques après la crise financière».

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