Bradley Birkenfeld, l'ex-employé d'UBS arrêté aux Etats-Unis pour avoir aidé, entre autres, le milliardaire Oleg Olenicoff à dissimuler ses avoirs au fisc, collabore «de plusieurs façons» avec les autorités américaines depuis plus d'un an. Il a tenté, en vain, d'obtenir une immunité en échange d'informations. Ce coup de poker à l'issue encore incertaine ressort de son interrogatoire devant une cour de Floride où ont été fixées les conditions de sa mise en liberté provisoire, contre une caution de 2 millions de dollars.

De l'interrogatoire, il ressort aussi que Bradley Birkenfeld, citoyen américain, n'est pas près de revenir à Genève, où il a créé avec un associé la société Union Charter, ou à Zermatt, où il possède un chalet en copropriété. Comme l'a souligné un de ses avocats, l'accusé serait poursuivi en Suisse pour violation du secret bancaire.

Depuis que l'affaire a éclaté, d'autres témoignages, pas toujours flatteurs, éclairent la personnalité de l'ex-employé d'UBS (de 2001 à 2005). Il s'exhibait dans la Ferrari d'un client, clamait à qui voulait l'entendre qu'«UBS va payer cher son attitude, j'ai un mémo montrant les choses qu'ils font faire». Pas vraiment la discrétion propre au gérant de fortune.

On le décrit aussi comme «impulsif», «débordant d'initiatives, nerveux», «rouleur de mécaniques», pétri d'une assurance superficielle. «Pas assez intelligent pour être machiavélique, dit une connaissance. Je doute qu'il ait grand-chose à vendre aux autorités américaines.»

A Genève, on pense surtout que ce déballage «fait un tort considérable à la place financière». Selon une source, Bradley Birkenfeld, après avoir été indemnisé confortablement, aurait essayé de faire pression sur son ex-employeur: «Il a eu ce qu'il voulait, et maintenant, il mène une vendetta», dit un gérant écœuré.

Un autre, ayant notamment travaillé pour UBS, éprouve plus de compréhension. Les conseillers clientèle sont les «petits soldats» - certes bien rémunérés pour les risques pris - qu'on envoie dans les zones minées de l'évasion fiscale. «Il n'est pas mauvais que les généraux soient aussi concernés par ce problème», ajoute-t-il.

Les objectifs agressifs d'augmentation des actifs sous gestion, inexistants il y a encore quinze ans, créent une culture d'avidité qui n'est pas sans rappeler celle de la banque d'affaires. Le suivi des résultats est devenu mensuel dans les grands établissements; même les banques privées traditionnelles n'échappent pas à une «pression suave», dit un interlocuteur.

Ce n'est peut-être pas un hasard si deux affaires très médiatisées (vol de données au Liechtenstein et cas Birkenfeld) mettent en scène des gérants qui, visiblement, pensent plus à leurs intérêts qu'à ceux de la banque. Dans les deux cas, leur carrière dans l'établissement mis en cause a été plutôt brève. Un directeur de banque qui a dû se séparer de gérants peu sûrs évoque la concurrence et les tournus plus rapides. L'ère du conseiller formé sur le long terme, prêt à se sacrifier pour l'intérêt supérieur de la discrétion, touche-t-elle à sa fin?