Le Temps: Vous dites redouter, dans votre intervention lors de la conférence de presse de l’association des banquiers privés dont vous êtes le président ce jeudi à Berne, que FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act) soit inapplicable en Suisse. Pourquoi?

Konrad Hummler: Les détails de cette législation américaine votée par le Congrès en mars 2010 et signée par le président Obama ne sont toujours pas connus. Cette législation contraindra les banques détenant des avoirs de contribuables américains à les déclarer à l’IRS (Internal Revenue Service), l’autorité fiscale des Etats-Unis. Lorsqu’il sera applicable, ce texte représentera un sérieux problème pour nous car il appliquera en fait un échange automatique d’information. Aussi, nous ne savons toujours pas s’il sera applicable en Suisse, ce qui provoquera un grave problème pour la place financière. Nous attendons toujours des directives du Département fédéral de justice et police sur cette question.

Quand ces détails seront-ils connus?

Nous attendons le résultat des discussions en cours entre l’IRS et la Confédération. Côté suisse, le dossier est entre les mains de Michael Ambühl, secrétaire d’Etat aux affaires financières internationales. Le système proposé par les Américains va à l’encontre des règles internes non seulement de la Suisse, mais aussi de nombreux autres Etats. Nous espérons que Berne sache se trouver des alliés, notamment à Londres, pour former un axe stratégique visant à adoucir le projet américain. Les Britanniques auraient intérêt à se ranger de notre côté: je ne vois pas comment leurs structures de trusts pourraient admettre la transparence exigée par l’application du FATCA.

Comment espérez-vous constituer cet axe stratégique?

Les principales places financières ne savent pas parler d’une seule voix lorsque leurs intérêts communs sont affectés. Aussi, les cinq ou six plus importantes d’entre elles devraient se regrouper afin de se poser en interlocuteur unique des gouvernements, à commencer par celui des Etats-Unis.