Les entreprises suisses sont médiocres lorsqu’il s’agit de présenter les aspects non-financiers de leur stratégie, selon le livre blanc du Swiss Finance Institute. En 2016, le quart des 100 plus grandes entreprises suisses n’a pas publié de rapport de responsabilité sociale et environnementale (ESG), selon ce rapport. «Il existe un fort potentiel d’amélioration», indique-t-il. Seules 14% des entreprises sont satisfaisantes dans leurs explications sur leur performance non-financière, selon le SFI.

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Les crises amènent souvent les individus et les entreprises à modifier leur comportement. C’est également le cas des instituts financiers. A la suite de différents scandales, des mesures ont été prises aussi bien dans les multinationales de la finance que dans les banques locales. La Banque Cantonale de Bâle a par exemple été mise en cause dans différentes affaires qui ont défrayé la chronique (affaires américaines, soutien des cours des titres de la banque, ASE Investments). Le ménage a été fait. Et aujourd’hui Kaspar Müller, l’ancien président de la Fondation Ethos et actuel président du Center for Corporate Responsability and Sustainability de l’université de Zurich, vient d’être nommé à la tête d’un nouveau conseil consultatif de la Banque Coop. Celui-ci est entièrement indépendant de la direction et sera chargé de porter un regard critique sur toute la stratégie durable (gouvernance, environnement, responsabilité sociale) de la banque cantonale et de sa filiale, la Banque Coop.

Première banque suisse à signer les principes d’ONU Femmes

La Banque Coop précisément est déjà avancée dans sa gestion durable. Elle avait d’ailleurs été la première banque suisse à signer les principes d’ONU Femmes et du Pacte mondial des Nations unies. En chiffres, cela se traduit par un 100% de courant issu de sources renouvelables, une part de 25% de mandats de gestion de fortune durables, une réduction de 10% de la consommation énergétique depuis 2012, 98% de taux de papier recyclé dans la consommation totale de papier et une émission de gaz à effets de serre de 934 tonnes d’équivalents CO2.

Selon la notation de l’association Carbon Disclosure Project, elle fait dorénavant partie du top 6% des sociétés suisses dans ce domaine et a obtenu le statut de «Sector Leader Financials». Dans le communiqué de la fin octobre dernier, il apparaît que l’institut plaît pour son «reporting transparent et exhaustif». «Nous accordons depuis 2003 une grande importance aux aspects écologiques», nous explique Hansjörg Ruf, membre de la direction et responsable des questions de durabilité.

Les atouts de la diversité

La banque, avec 530 collaborateurs, 32 sites et 250 000 clients, a réalisé une analyse des facteurs économiques, écologiques et sociaux et défini six domaines durables clés. L’un d’entre eux porte sur une «politique progressiste du personnel». Aux côtés des aspects de rémunération, il s’agit d’une part de s’engager pour l’égalité des chances et une proportion de femmes plus élevée au sein des cadres et d’autre part d’un équilibre en vie professionnel et privé. Le rapport 2015 indique que la part de femmes au sein des cadres et de la direction atteint 23% et que la part d’hommes travaillant à temps partiel 18%.

«La diversité est un aspect important. C’est pourquoi nous accueillons également des personnes en fin de carrière ou issues de l’immigration», écrit Hanspeter Ackermann, président de la direction générale.

Credit Suisse neutre en carbone

Il est impossible de comparer la gestion durable entre les catégories de banques. L’activité mondiale d’une grande banque lui rend impossible de renoncer totalement, comme la Banque Coop, aux déplacements professionnels en avion. Credit Suisse a également débuté tôt en matière de gestion environnementale des bâtiments. «Je m’occupe de la stratégie durable dans les activités opérationnelles (donc non financières) de la banque depuis 1993», indique Patrik Burri, responsable de la stratégie de durabilité environnementale de Credit Suisse.

La grande banque, qui tient à ce que le thème de la durabilité soit intégré dans la gestion de ses affaires a certes vendu de nombreux immeubles qu’elles occupent encore pour alléger son bilan, mais elle continue d’en gérer – comme pour ses propres bâtiments – l’assainissement, l’efficience énergétique, le nettoyage, les achats de matériel, les déchets. Elle sous-traite ces opérations à deux sociétés en Suisse et une à l’international sur la base d’un contrat qui prend en compte les aspects énergétiques et environnementaux. Les deux tiers de ses émissions de CO2 proviennent des immeubles, 28% des voyages d’affaires et 4% des papiers, déchets et consommation d’eau. En Suisse, sa consommation d’électricité est certifiée à 100% de source hydraulique.

Le fardeau écologique des voyages en avion

Avec 42 milliards de francs d’actifs immobiliers sous gestion, elle reste un propriétaire important. Au sein du programme de Credit Suisse Real Estate Investment Management (REIM), l’objectif consiste pour son millier de bâtiments, à réduire les émissions de CO2 de 10%. «Depuis 2006 en Suisse et depuis 2010 à l’échelle internationale, nous sommes neutres en carbone» précise Patrik Burri. Les objectifs chiffrés sont définis chaque année à l’aide d’indicateurs de performance clés. Ceux-ci sont présentés en valeur absolue et par employé dans le rapport de «Corporate Responsability».

En 2015, la banque émet par exemple 240 300 tonnes de CO2 au niveau mondial, en baisse de 12% par rapport à 2013 et en recul de 15% par employé depuis 2013. Dans les bâtiments situés à l’étranger, qu’ils soient en Pologne ou en Inde par exemple, la banque ne lésine pas sur les standards environnementaux, assure Patrik Burri. La consommation d’énergie mondiale de Credit Suisse est en baisse de 13% depuis 2013, à 558 millions de KWh. Celle de papier, d’eau et les déchets sont aussi en repli. Par contre, les voyages d’affaires dans le monde sont en hausse de 4,5% depuis 2013, à 552,4 millions de km.

Depuis 2009, 21 projets d’énergies renouvelables soutenus

Patrik Burri et son équipe tiennent à ce que le portefeuille de certificats de réduction des émissions soit totalement compensé depuis 2010 pour garantir qu’elle soit neutre en carbone. En 2016, le portefeuille global était constitué d’une part de 60% selon les normes «Goldstandard», développées par le WWF, et à 40% selon le standard VCS (Verified Carbon Standard). Le portefeuille est composé à 30% d’énergie éolienne, 20% de biomasse/biogaz, 20% d’hydroélectricité, 10% d’énergie géothermique et 10% photovoltaïque. Les investissements durables de la banque ne se limitent pas à la gestion d’actifs. Credit Suisse a par exemple titrisé, à travers sa banque d’investissement près de 123 millions de dollars d’actifs de SolarCity, la société d’Elon Musk, et de 111 millions de dollars pour Sunrun. Depuis 2009, un total de 2,9 milliards de dollars d’investissements ont été engagés dans 21 projets d’énergies renouvelables.


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