En juin 2014, le New York Magazine se demandait si la Silicon Valley représentait l’avenir de la finance. Après tout, Amazon et Jeff Bezos ont révolutionné le commerce. Travis Kalanick a changé le monde des transports avec Uber. L’hôtellerie fait face à un concurrent de poids avec Airbnb. D’après le cabinet d’études CB Insights, cette année-là, 12 milliards de dollars d’investissement avaient inondé la Fintech, les start-up liées à la finance. Malgré tout, en 2017, la réponse à la question du magazine américain reste négative.

Betterment est une tête de pont de la Fintech. Le conseiller en investissement en ligne gère 8 milliards de dollars d’actifs pour 250 000 clients. «Nous ne réinventons pas seulement l’investissement, nous le transformons», promet sa porte-parole. «Nous prenons ce qui a fonctionné depuis des décennies et nous utilisons la technologie pour le rendre plus efficace. Et ainsi d’économiser du temps à nos clients». Et donc de l’argent, grâce à des frais moins élevés.

Jusqu’à présent, pas de réel menace

«A terme, toutes les grandes entreprises vont ressembler à ce qu’est Betterment aujourd’hui. Elles doivent le faire parce que c’est le sens de l’histoire», prédit-elle. Tout en reconnaissant que «Betterment ne va pas faire fermer Charles Schwab et Vanguard [respectivement une maison de courtage en ligne et une société de gestion, ndlr]», elle assure que «Betterment va laisser une empreinte significative dans cet univers et occuper une part importante du marché.»

Car jusqu’ici en tout cas, aucune start-up, aucune «licorne» – ces jeunes pousses non cotées valorisées plus d’un milliard de dollars – n’a réussi à remettre en cause ce marché ou à proposer mieux que la carte de crédit. Il est plus aisé de trouver des millions d’utilisateurs pour un réseau social que de recruter des millions d’usagers pour une banque 2.0.

Pas d’autre choix que de travailler avec les banques

«Aux Etats-Unis, il n’y a pas eu de nouvelles chartes bancaires depuis un certain temps», commente pour «Le Temps» Sheel Mohnot, spécialiste de la Fintech chez l’incubateur 500 startups. «Si vous voulez faire quoi que ce soit en rapport avec le service aux clients, il vous faudra quelque chose de ressemblant à un compte en banque.» Comme il l’expliquait déjà fin février au New York Times, «nous avons réalisé avec le temps qu’il n’y avait pas d’autre choix que travailler avec les banques.»

Mais Mohnot ne doute pas de ce que la Silicon Valley peut apporter à Wall Street. «Je vois la technologie comme la possibilité d’œuvrer à grande échelle et à coût réduit tel qu’Uber et Airbnb l’ont fait», dit-il. La raison de son optimisme? Les 2,5 milliards de propriétaires d’un smartphone sur la planète dont une grande partie vit à l’écart des banques. Les Millenials, par exemple, sont réservés quant au système traditionnel. Selon SNL Financial, un sur quatre aurait changé d’établissement parce qu’il préférait l’application d’un concurrent.

Mohnot cite Acorns (qui investit de la petite monnaie), Ibillionaire (qui copie les stratégies financières de milliardaires) ou Robinhood (pour investir sans commission) comme exemples d’entreprises de la Silicon Valley profitant de ce rejet.

Wall Street vise aussi les as de la technologie

Le rapport de forces pourrait rester toutefois en faveur des banques, bien implantées à Washington. Selon le New York Times, la dérégulation promise par la Maison Blanche va bénéficier au système actuel, limitant les opportunités pour les nouveaux entrants. «Donald Trump est une bonne nouvelle pour les grandes banques, ce qui peut être mauvais pour l’innovation, analyse Mohnot. Les banques n’ont pas besoin d’innover quand elles sont protégées.»

Les prochaines avancées dans le secteur pourraient pourtant venir de Wall Street. Le géant bancaire JPMorgan Chase a par exemple investi des centaines de millions dans un cloud privé ou un centre de données dans l’optique de réduire ses coûts. Dans une lettre aux actionnaires, le directeur des opérations Matt Zames explique qu’«attirer, retenir et développer les meilleurs talents de la technologie est primordial.»