Ivan Pictet lâche le Fonds de pension de l’ONU

Retraites Le banquier genevois, qui présidait le comité d’investissement du fonds, invoque une surcharge de travail

L’institution, qui gère 54 milliards, est en pleine tourmente

Le banquier genevois Ivan Pictet quitte le Fonds de pension des Nations unies. Basé à New York, au siège de l’ONU, le fonds gère 54 milliards de dollars pour le compte de 190 000 employés onusiens actifs ou à la retraite.

Ex-associé senior de la banque privée qui porte son nom, Ivan Pictet présidait depuis 14 mois le comité d’investissement du Fonds de pension, l’une des nombreuses instances chargées de veiller aux intérêts des assurés. En décembre dernier, il accordait une interview au Temps. Hormis l’aveu que le fonctionnement du fonds était «byzantin», rien ne laissait présager sa démission quelques mois plus tard.

Contacté jeudi soir, Ivan Pictet a assuré au Temps que son départ était «prévu». «J’ai toujours été clair avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Cela faisait dix ans que je siégeais au sein du comité d’investissement du Fonds de pension, composé de dix financiers indépendants, dont la dernière année en tant que président. J’ai signifié ma démission il y a un peu plus d’un mois.»

Le Genevois invoque aussi une surcharge de travail. «J’ai aujourd’hui 70 ans et je n’ai plus envie de travailler quinze heures par jour. Je suis déjà président de la Fondation pour Genève, ce qui me prend beaucoup de temps, et je siège dans le conseil d’administration de plusieurs sociétés. Il a fallu faire des choix.»

Mais son départ, qui a surpris dans les couloirs de l’ONU à Genève, intervient alors que des accusations d’irrégularité sont portées contre l’institution. C’est la gestion opérationnelle du fonds et son directeur général qui sont dans la tourmente. Les divisions administratives et d’investissement du Fonds de pension de l’ONU fonctionnent indépendamment. Le directeur général du fonds, le Mexicain Sergio Arvizu, supervise les opérations, dont le paiement des retraites, tandis que les rapports de la division d’investissement parviennent directement à un représentant du secrétaire général de l’ONU, un poste désormais à plein temps. «Le comité d’investissement, que je présidais, s’occupe de la gestion tactique, soit de la répartition des placements sur deux ou trois ans. Les grandes orientations stratégiques n’étaient pas de notre ressort», explique Ivan Pictet. Le fait de ne pas avoir les coudées franches a-t-il pesé dans la décision d’Ivan Pictet? «Ce n’est pas faux», répond le banquier genevois, laconique.

D’autant que le Mexicain Sergio Arvizu est non seulement accusé de mauvaise gestion mais il ambitionnerait aussi d’obtenir davantage de prérogatives au sein du Fonds de pension. Depuis fin mars, il est officiellement soupçonné d’avoir omis de préciser qu’il avait occupé une position à JPMorgan Chase, une banque qu’il a mandatée pour payer les pensions des affiliés de la caisse. Le directeur aurait divisé un contrat de sous-traitance d’un demi-million de dollars en deux parties pour en éviter la surveillance. Une de ses connaissances aurait aussi été engagée pour un mandat de court terme, alors que cette personne «était presque âgée de 100 ans». L’attaque vient de responsables syndicaux de l’ONU, eux-mêmes informés par certains des 200 employés du fonds. L’affaire, actuellement traitée par l’organe de contrôle interne de l’ONU, ébranle sérieusement l’institution.

Très inquiètes, les associations du personnel de l’ONU se sont réunies à New York le 31 mars. Elles reprochent aussi à Sergio Arvizu de vouloir soustraire le personnel de la division administrative aux règles de l’ONU, notamment pour le recrutement. De plus, les employés n’auraient plus la possibilité de signaler les futures irrégularités à une commission d’enquête indépendante. Enfin, les syndicats prêtent au directeur l’intention de vouloir se mêler des investissements, contrairement à la séparation des pouvoirs en vigueur jusqu’ici. Nous n’avons pas réussi à joindre Sergio Arvizu pour une réaction. Mais celui-ci a dénoncé dans la presse américaine une «campagne malveillante».

Ivan Pictet ne se prononce pas sur ces accusations. Il se contente d’affirmer que le Fonds de pension est en «très bonne santé financière et il n’a jamais autant couvert les besoins de ses bénéficiaires». Un quart des membres de la caisse de pension sont actifs. A noter que 15% des retraites sont versées en francs suisses pour les employés qui décident de rester dans notre pays.

«Le Fonds de pension est en très bonne santé financière, couvrant les besoins de ses bénéficiaires»