Le consultant McKinsey a été appelé à l'aide pour faire avancer Polyfinance. Ce projet de centre de formation et de recherche de haut niveau doit permettre à la Suisse de garantir l'avenir de sa place financière. Mais il prend du retard.

«Polyfinance avance moins vite que prévu, mais il ne rencontre pas d'opposition fondamentale.» Alain Bichsel avance que cet «énorme projet», créer un centre unifié à l'échelle nationale, devrait «aboutir au cours de ce printemps». Le porte-parole de l'Association suisse des banquiers indique que l'ASB compte alors présenter une «structure complète».

Lancé en 2003 par les banquiers helvétiques, Polyfinance doit devenir le pôle d'expertise suisse en finance. L'ASB a confirmé son intérêt pour ce projet l'automne dernier. En septembre, Patrick Odier, associé-gérant de LODH, espérait dans nos colonnes que «les premières réalisations concrètes pourraient voir le jour au cours de l'hiver 2005-2006».

Universités, centres privés comme le genevois FAME et la zurichoise Swiss Banking School, mais aussi des centres publics, comme Finrisk, y sont associés. Ils ont déjà rendu leur copie. «La balle est dans le camp de l'ASB», résume Rajna Gibson, professeur au Swiss Banking Institute de l'université de Zurich et directrice du réseau de recherche financière Finrisk.

Selon plusieurs sources, les négociations actuelles portent en particulier sur le financement de Polyfinance. Les arbitrages finaux prendraient du temps, mais personne ne parle de blocage. Les différentes banques contactées n'ont pas voulu commenter les discussions en cours.

Mandaté par l'ASB, McKinsey doit réfléchir à un concept global, «une solution clé en main» susceptible de satisfaire la plupart des attentes. Le cabinet devrait avoir déjà présenté le résultat, au moins préliminaire, de sa réflexion. «A l'ASB de conclure», estime maintenant Harry Hürzeler, directeur de la Swiss Banking School.

Ne pas oublier la recherche fondamentale

«Il ne s'agit pas d'avancer comme un rouleur compresseur», tempère Alain Bichsel, mais de profiter d'un «regard extérieur». Le rapport de Mckinsey permettra aussi sans doute à l'ASB de définir une stratégie pour que Polyfinance ne s'embourbe pas.

Si le projet se concrétise ce printemps, Jean-Pierre Danthine estime qu'il est encore «possible» que les délais soient tenus. Le directeur de FAME (centre de Financial Asset Management and Engineering), également professeur à HEC Lausanne, espère que les discussions actuelles ne conduiront pas à un Polyfinance au rabais. «Nous avons besoin d'un centre reconnu internationalement. Pour cela il faut pouvoir y mener des activités de recherche fondamentale, et ne pas se contenter d'un centre de recherche dirigée, exclusivement appliquée.»

Il faudra donc y mettre les moyens. L'ASB précise qu'il est trop tôt pour parler de budget global.