L’annonce par la Banque nationale suisse (BNS) le 30 novembre 2015 de l’ouverture à Zurich d’une filiale de la China Construction Bank (CCB) avait été accueillie comme un aboutissement par la place financière. Celui de la création tant désirée d’un pôle financier reliant directement la Suisse à la République populaire. L’inauguration, les jours suivants, de cet établissement, avait vu la participation active des dirigeants des principales banques suisses, BNS, UBS et Credit Suisse en tête.

Une année plus tard, l’établissement d’un premier bilan est difficile. La CCB ne livre pas de chiffres permettant de juger de la taille de ses activités. Les statistiques de la BNS ne livrent aucune indication sur le volume des échanges directs entre le franc suisse et le renminbi, la monnaie chinoise, que l’ouverture de la filiale est censée faciliter. De toute évidence, les affaires restent embryonnaires.

Sise Beethovenstrasse 33, à peu de distance de la Paradeplatz, la CCB est installée sur deux étages recouvrant 800 mètres carrés de bureaux largement ouverts, ainsi que l’a constaté Le Temps lors d’une visite en décembre. Cependant, seules 27 personnes y travaillent, y compris le directeur Gong Weyun et son adjoint, le Suisse Holger Demuth, un ancien de Credit Suisse. La banque a néanmoins l’ambition de porter son effectif à 33 personnes cette année.

Activités de change

Le but premier de la CCB est de concrétiser les changes directs entre le renminbi et le franc, évitant ainsi de passer par le dollar américain. Cette activité occupe directement deux personnes au sein de la division de trésorerie et de crédit, constituée de cinq postes. Cette division s’occupe spécifiquement des opérations de change de grande ampleur, que ce soit sur les marchés au comptant (spot) ou sur les dérivés, ainsi que le règlement.

Les autres activités de l’établissement sont ceux d’une banque d’affaires classique: analyse des risques, octroi de crédits, et suivi d’opérations telles des émissions de titres, etc. Sauf que, spécificité oblige, ces activités sont menées à très petite échelle, chacune des cinq divisions que compte la banque ne comptant que quelques personnes chacune (la mieux dotée est le marketing: six postes).

Potentiel dans le négoce

Son marché cible, explique la direction, est helvétique: les banques, notamment celles qui sont spécialisées dans la gestion de fortune, les compagnies d’assurances, les entreprises industrielles. Les sociétés de négoce sont tout particulièrement visées. Parmi ces dernières, quelques-unes semblent particulièrement bien placées pour jouer les clientes fidèles car passées totalement ou partiellement en mains chinoises ces dernières années, comme Addax Petroleum ou Mercuria, deux grands acteurs du négoce pétrolier basés à Genève.

Les perspectives d’affaires qu’offrent ces entreprises attirent un autre acteur, Industrial and Commercial Bank of China (ICBC). La plus grande banque commerciale de Chine a demandé à son tour une licence bancaire à la Finma et se trouve sur le point, selon des sources informées, de démarrer à son tour ses activités, en principe à Zurich également.

Les volumes, cependant, risquent de demeurer faibles, dans un premier temps du moins. Les investissements directs suisses en Chine populaire se sont montés à 1,6 milliard de francs en 2015, dans la moyenne des huit dernières années, mais bien en dessous des 5,3 milliards de francs enregistrés en 2011, année de record absolu. Dans l’autre sens, les investissements directs chinois en Suisse sont si faibles que la BNS n’en tient pas la statistique, même si «cela pourra changer à l’avenir», fait savoir un porte-parole. Cette évolution dépendra notamment de la poursuite de l’ouverture du gouvernement chinois envers les exportations de capitaux. Or, ces derniers mois, il les a rendues plus difficiles, afin de ralentir l’érosion de ses réserves de change.