Le Temps: Qu’est-ce que l’élection britannique pourrait changer pour la Suisse?

Anthony Travis: L’impact sera surtout sur la place financière. Brown défend davantage de transparence en matière fiscale que Cameron et Clegg.

– Comment parleriez-vous des relations entre Genève et Londres? Amour-haine?

[Rire.] J’observe d’abord un énorme respect des banquiers genevois pour les meilleurs banquiers de Londres. Et vice versa. Reste qu’ils sont concurrents! Je note encore que les banquiers de la City trouvent le système suisse très compliqué, et trop contraignant. Ils sont aussi frustrés par l’attitude prudente des Suisses.

– La City sait-elle mieux se faire entendre du pouvoir politique britannique que la place genevoise de Berne?

– Oui. La City a la chance de se trouver à deux miles de Westminster! Cependant, si Genève est loin de Berne, ce n’est pas qu’une question de kilométrage. Et c’est dommage. Je n’avais pas cette impression en 1975 en arrivant en Suisse. Peut-être en raison de la perte d’influence du service militaire. Quel magnifique business club était-ce en réalité! Je constate aussi que beaucoup moins de Romands parlent allemand.

– En matière de secret bancaire, beaucoup pensent que la Suisse cède ses avantages, alors que le Royaume-Uni a su protéger ses îles et leurs trusts des fiscs étrangers. Vrai?

– C’est en partie vrai, mais davantage pour des raisons historiques que juridiques. Mais en fait le peuple britannique ne supporte pas l’évasion fiscale; c’est considéré comme un crime important depuis longtemps. Par conséquent, défendre la City pour ce genre d’avantage est difficile. En Suisse, les citoyens sont bien plus partagés.

– A moins que les banques n’aient misé sur un secret bancaire trop simpliste?

– C’est juste. Heureusement, certains établissements ont vu les changements venir, et misé notamment sur la gestion d’actifs pour les investisseurs institutionnels. D’autres ont développé un réseau «onshore». Mais il y en a qui n’ont rien voulu changer. Cela me fait aussi penser à l’horlogerie qui, dans les années 1970, n’avait rien fait contre les montres japonaises.