«Pictet voyage toujours», affirme le porte-parole de la plus grande banque privée genevoise. Au-delà des frontières aussi? Plusieurs témoignages recueillis au Temps font état de restrictions aux déplacements à l’étranger. Les associés ne quitteraient plus la Suisse «afin de ne pas se faire arrêter et de faire un exemple», témoigne une source à quelques jours de la réunion du G20, qui promet d’être sévère pour les paradis fiscaux.

Les associés évitent en particulier de se rendre en France et en Allemagne. Dans ce dernier pays, la banque n’envoie plus de gérants confirmés depuis plus d’un an. Un professionnel de haut niveau avoue au Financial Times que «les banquiers privés ne quittent même plus Genève».

Toutes les banques ne sont pas aussi radicales, mais la tendance est aux restrictions. «Nous ne faisons que très peu de voyages à l’étranger. Nous préférons voir nos clients lorsqu’ils viennent chez nous plutôt que de nous rendre chez eux», confirme Cédric Anker, directeur de la filiale genevoise de Vontobel. Lorsqu’un gérant se déplace à l’étranger, c’est uniquement pour rendre visite à des prospects.

«Sans mes cartes de visite»

Et même, les plus grandes précautions sont de mise. «Lorsque je sors du pays, je n’emmène aucune documentation ni même mes cartes de visite. Il faut être le plus discret possible», témoigne un gérant de fonds. «Je ne prends même pas mon Blackberry. Je dois me contenter du vieux Nokia que je traîne depuis dix ans et qui me sert pour les loisirs», ajoute un haut cadre bancaire.

Vont-ils jusqu’à renoncer aux sorties de fin de semaine en France voisine? «Ce n’est pas au franchissement de la douane le vendredi soir en voiture avec les skis sur le toit qu’on prend le risque d’être arrêté, mais le lundi matin à l’aéroport, lorsqu’on est en costume-cravate», poursuit ce responsable.

«Dommage, regrette un gérant, c’est maintenant qu’il faut voyager. Depuis deux semaines, nos clients ne nous interrogent plus que sur le secret bancaire.»

Plusieurs banques, dont Pictet, mettent ces restrictions aux voyages sur le compte de réductions de coûts.