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Le siège de la BNS à Berne.
© Keystone/Gaetan Bally

Opinion

Les banquiers ne profitent pas indûment de la création monétaire

OPINION. Un argument central des auteurs de l’initiative «Monnaie pleine» est qu’en consentant des crédits aux entreprises et aux ménages, les banques créent de la monnaie électronique «à partir de rien» et qu’elles «profitent indûment» de cette création. Cet argument est entièrement fallacieux, selon Jean-Christian Lambelet

Les banques ne sont pas des «faux-monnayeurs», comme un exemple concret suffit à le montrer. La famille X dispose de quelques économies et aimerait «construire», comme on dit. Ces économies ou fonds propres ne suffisent cependant qu’à couvrir, mettons, 30% du coût du nouveau logement. La famille s’adresse donc à une banque pour obtenir une hypothèque à hauteur de 70%. En accordant ce prêt, la banque prend un risque et elle doit en particulier s’assurer au mieux que la famille sera en situation de payer les intérêts hypothécaires à venir.

La thèse d'un défenseur de l'initiative: L’initiative populaire «Monnaie pleine» est-elle antilibérale?

Admettons que la banque consente l’hypothèque. Elle ouvrira donc pour la famille un compte à vue avec le montant en question. Dans le bilan de la banque, l’hypothèque viendra s’ajouter à ses actifs et le compte à ses passifs, pour le même montant. A noter qu’en Suisse le compte n’est généralement pas à la libre disposition de la famille, mais la banque s’assurera qu’il soit utilisé uniquement pour payer les constructeurs.

Retrouvez tous nos articles et opinions sur l'initiative «Monnaie pleine».

Une monnaie qui n’est pas créée à partir de rien

Les paiements faits à partir de ce compte constituent de la monnaie alors que ce n’est pas le cas de l’hypothèque, laquelle est un actif très illiquide. Cette monnaie électronique ou scripturale continuera de circuler après que les constructeurs auront été payés et il y donc bien création monétaire ou, plus exactement, création de liquidité. Mais ce que les initiants ignorent complètement est qu’au final l’opération conduira à un logement de plus dans le parc immobilier du pays. La monnaie nouvellement créée ne l’a donc pas été « à partir de rien », mais c’est la contrepartie du nouveau logement, soit un investissement tout ce qu’il y a de plus réel et concret. Si l’hypothèque n’est pas accordée, le logement ne sera pas construit.

Il en va de même si la banque accorde un crédit à un agent immobilier pour la construction de logements locatifs, ou à une entreprise pour l’acquisition de nouvelles machines, ou à une autre entreprise pour la production d’un nouveau bien, etc. Au final, il y aura davantage de logements locatifs, plus de machines et de biens, etc.    

Les banquiers ne sont donc pas des sortes de faux-monnayeurs, comme les initiants veulent le faire croire. Par leurs prêts, ils financent de nouveaux investissements, ce qui est bien évidemment un plus pour l’économie.

Dans les débats au sujet de l’initiative, certains initiants font preuve d’une grande agressivité verbale visant en particulier les banquiers. Bien que je n’aie aucun lien ni attache avec le monde bancaire, je me permets ici de rendre à ces initiants la monnaie de leur pièce (c’est bien le cas de le dire) en affirmant haut et fort que l’initiative en question n’est en réalité rien d’autre qu’un tissu de dangereuses illusions.  

Sa disposition principale est que les comptes à vue que le public détient auprès des banques devraient dorénavant être couverts entièrement par des réserves auprès de la BNS – c’est en ce sens que le monnaie deviendrait « pleine ». Cela signifie que les banques ne pourraient plus utiliser les comptes à vue pour financer des investissements utiles aux entreprises et aux ménages. Par conséquent, ces investissements diminueraient, peut-être de beaucoup. Pour l’empêcher, l’initiative stipule cependant que la BNS devra dorénavant « garantir l’approvisionnement de l’économie en crédits par les prestataires de services financiers [c’est-à-dire les banques] ». Ce qui veut dire que la BNS devrait accorder des crédits aux banques pour que celles-ci puissent continuer de consentir des prêts au public. On en reviendrait ainsi au statu quo, du moins en théorie.

On ne voit cependant pas que la BNS puisse jamais déterminer, même approximativement, le montant de ces crédits ainsi que leur distribution aux diverses banques et elle sera bien incapable de se substituer au système décentralisé en vigueur actuellement, lequel est de loin préférable. En outre, elle devra assumer des risques bancaires insensés.

Par ailleurs, l’initiative prévoit aussi que « l’argent nouvellement émis » – un peu plus de 43 milliards en 2017 ! – sera dorénavant distribué à l’Etat et/ou aux citoyens, mais « sans dette », c’est-à-dire gratuitement. (Selon le libellé de l’initiative, il s’agit bien de tout l’argent nouvellement émis). Désormais, la BNS devrait donc non seulement approvisionner les banques en crédits, mais aussi distribuer une manne purement fictive puisqu’il n’y aura en l’occurrence aucune création supplémentaire de richesse. Ecartelée entre ces nouvelles obligations et ses fonctions traditionnelles, la BNS courrait un grand risque de perdre le contrôle de la politique monétaire. Selon les scénarios envisageables, il pourrait y avoir déflation ou, beaucoup plus probablement, forte inflation. Dans ce dernier cas, les comptes à vue du public seraient garantis, mais les francs qui y figurent perdraient de leur valeur… La BNS ne peut certes faire faillite, mais ce serait en quelque sort le franc qui ferait faillite – quel marché de dupes !

Le plus ironique est qu’à l’heure actuelle la monnaie n’est pas loin d’être « pleine » en Suisse. Les comptes de virement des banques à la BNS se montaient en effet à 457 milliards à fin février alors que les dépôts à vue et apparentés atteignaient 552 milliards. La monnaie est donc déjà pleine à 83% ! Mais cette situation est hautement anormale, résultant principalement des interventions massives de la BNS sur le marché des changes pour empêcher le franc de trop s’apprécier. C’est donc là une situation qui ne saurait durer indéfiniment.

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