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Les banquiers prennent les devants pour freiner la surchauffe de l’immobilier

L’ASB exigera une durée raccourcie pour amortir les hypothèques. Les experts jugent ces mesures sensées mais ils les estiment trop tardives

Les banquiers suisses compliquent à leur tour l’accès à la propriété immobilière

Réglementation L’ASB exigera une durée raccourcie pour amortir les hypothèques

Les experts jugent ces mesures sensées, mais ils les estiment trop tardives

Depuis 2012, les autorités helvétiques tentent de freiner l’envol des prix de l’immobilier. En juin 2012, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma) a obligé les candidats à la propriété à apporter au moins 10% de fonds propres non issus du deuxième pilier sur les 20% requis. En février 2013, le Conseil fédéral, sur proposition de la Banque nationale suisse (BNS), a introduit le volant de fonds propres anticyclique. Mardi, l’Association suisse des banquiers (ASB) a annoncé à son tour l’adoption de trois mesures.

La première porte sur la durée de l’amortissement. Le délai pour ramener l’amortissement de la dette hypothécaire aux deux tiers de la valeur de nantissement du bien immobilier passe de 20 ans à 15 ans. Il devra se faire via le versement de tranches régulières.

A titre d’exemple, pour une hypothèque d’un million de francs, cela accroît de quelques centaines de francs par mois le versement consacré au remboursement (lire ci-contre). Pour Thomas Veraguth, expert du marché immobilier chez UBS, cette exigence est «gérable» pour les preneurs d’hypothèques. «A elle seule, cette mesure ne fera pas baisser les prix, alors que les autres fondamentaux de l’économie restent solides», analyse-t-il. D’autant plus que les taux sont repartis à la baisse ces derniers mois.

Selon Stefan Heitmann, directeur de MoneyPark, spécialisée dans l’octroi d’hypothèques, ce seront surtout les plus jeunes clients et ceux qui disposent de revenus faibles ou moyens qui seront les plus affectés par cette mesure.

Deuxième point: lors d’achats de biens immobiliers, c’est la valeur de nantissement la plus basse entre la valeur du marché et le prix d’achat qui sera retenue.

Troisième mesure: pour évaluer la capacité financière, les revenus du conjoint seront uniquement pris en compte si les débiteurs sont solidaires. Thomas Veraguth relativise l’impact macroéconomique de ces mesures limitées aux nouvelles affaires. «Sur dix ans, les preneurs d’hypothèques devront rembourser entre 10 et 20 milliards de francs sur un volume total de 650 milliards. Ce n’est pas une révolution», juge-t-il. Il s’interroge sur leur opportunité alors que la hausse des prix a déjà ralenti. «Il aurait fallu les mettre en place il y a cinq ans», conclut-il.

La combinaison de ces freins réglementaires est jugée «intelligente et raisonnable» par Roland Bron, directeur de Vermögenszentrum (VZ) en Suisse romande. «L’on agit tantôt sur l’offre et tantôt sur la demande d’hypothèques», analyse-t-il. Selon lui, l’accumulation des mesures anti-surchauffe mises en place depuis deux ans a un réel impact sur la dynamique immobilière. La Chambre genevoise immobilière (CGI) a déploré hier «que de telles mesures soient prises alors que le marché immobilier genevois est maintenant baissier». L’Association suisse des locataires (Asloca) a, elle, salué ces mesures. La Finma s’est, elle, limitée à indiquer qu’elle examinerait de près les adaptations aux directives de l’ASB.

Les banquiers espèrent en avoir fini avec ce dossier. Ils partent «du principe que des mesures étatiques additionnelles ne sont pas nécessaires jusqu’à nouvel ordre». Au final, juge un expert, cette intervention permet à la fois aux banques de mettre de l’ordre dans leurs rangs mais aussi de prévenir la mise en place de futures contraintes imposées de l’extérieur.

«L’accumulation des mesures anti-surchauffe a un impact sur la dynamique immobilière»

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