Gouvernance

Les banquiers privés forcés d’ouvrir leur conseil d’administration

Pictet, Lombard Odier et Mirabaud ont tous renforcé leur conseil d’administration. La Finma oblige les banques à faire siéger un tiers de personnes «non intéressées»

Les banquiers privés forcés d’ouvrir leur conseil d’administration

Gouvernance Pictet, Lombard Odier et Mirabaud ont missur pied leur nouvelle entité suisse

La Finma les oblige à y faire siégerun tiers de personnes «non intéressées»

Transformation juridique, épisode 2. Moins d’une année après avoir annoncé, aux côtés de Pictet & Cie, sa volonté d’abandonner sa structure juridique historique – processus qui enterre le sacro-saint statut de banquiers privés de ses associés gérants – Lombard Odier a dévoilé jeudi matin la composition du conseil d’administration de l’entité qui gère ses activités bancaires en Suisse. Depuis le 1er janvier, ces dernières sont regroupées dans une société anonyme, comme c’était déjà le cas pour ses autres opérations.

Trois «personnalités de premier plan» s’assoiront donc régulièrement à la même table que le président Patrick Odier et le vice-président Thierry Lombard. Le plus connu d’entre eux est Alexandre Zeller, président de SIX Group – la bourse suisse – et ancien directeur général de la Banque Cantonale Vaudoise, puis de HSBC Private Bank Suisse, Europe et Moyen-Orient. L’avocat Henry Peter, membre du conseil de Swiss Life et directeur du département de droit commercial de l’Université de Genève, devient lui aussi administrateur de ladite Banque Lombard Odier & Cie SA. Tout comme Henri Vanni, actuel vice-président du groupe Novartis et ancien associé senior de McKinsey & Company.

L’été dernier, Mirabaud avait cinq mois de retard sur Lombard Odier et Pictet. C’est en juillet, après avoir affirmé le contraire au printemps, que la banque avait annoncé amorcer le même processus de transformation que ses voisines. Hier, sa communication n’a succédé à celle de Lombard Odier que de quelques heures. En début d’après-midi, la banque dévoilait elle aussi trois nominations. Et avec, le doublement des membres du conseil de Mirabaud & Cie – là aussi, une société anonyme vieille de 9 jours et qui regroupe les activités suisses du groupe. Luc Thévenoz, professeur de droit et directeur du Centre de droit bancaire et financier de l’Université de Genève, Suzanne Wettenschwiler, avocate d’affaires spécialisée dans le droit commercial auprès de l’étude zougoise Stadlin, ainsi que le spécialiste financier Antonio Vegezzi (Groupe Capital, Pioneer Investments, Optimis) rejoignent trois des sept associés à la table des décideurs.

Si elle n’est pas présentée ainsi, cette ouverture inédite à des compétences externes a été imposée aux banques. Dans une circulaire édictée en 2008, la Finma exige que les conseils soient composés d’au moins un tiers d’administrateurs indépendants. Chez Lombard Odier, la proportion se monte à 60%. Elle est de 50% chez Mirabaud. Et de 40% chez Pictet.

Contrairement à ses homologues concurrentes, cette dernière n’a pas activement communiqué sa démarche. Mais d’après le registre du commerce, Hans Isler, ancien administrateur d’Ernst & Young, aujourd’hui magistrat suppléant à la Cour des comptes du canton de Genève, et Romain Marti, ancien de la Commission fédérale des banques (ex-Finma) et consultant réglementaire de la banque depuis 2008, sont venus renforcer un conseil déjà composé du président Jacques de Saussure, du vice-président Nicolas Pictet et de l’administrateur Rémy Best.

Pour être considérés comme indépendants, précise la Finma, les administrateurs ne doivent pas occuper de fonctions opérationnelles, n’avoir aucune participation financière dans la banque, ne pas avoir audité les comptes dans les deux dernières années, ni être dans une relation d’affaires qui conduirait à un quelconque conflit d’intérêts.

Au vu de ces exigences, trouver son bonheur s’assimile à «un sacré exploit», selon l’expert en gouvernance d’entreprise, Dominique Freymond. Pour être à la fois compétent et à jour, il faut être actif dans des fonctions opérationnelles, idéalement dans le même secteur d’activité. Mais dans ce cas, l’on est alors plus tout à fait indépendant, résume-t-il en substance. Ainsi, avec son poste de président de SIX Group et ses précédentes fonctions bancaires, Alexandre Zeller lui semble avoir le bon profil. Celui qui allie compétences opérationnelles et indépendance. Plus généralement, les professeurs sont aussi de bons candidats, mais une approche académique ne constitue pas la panacée. Un profil d’avocat, explique encore celui qui est vice-président de La Poste, complète en revanche assez bien la recette idéale. Surtout dans la période actuelle, ou s’entremêlent les pressions réglementaires et les dossiers fiscaux, suisses et internationaux. «Un juriste est précieux pour sa culture du risque, mais aussi pour son réseau à l’étranger», conclut Dominique Freymond.

Car c’est précisément l’entrée d’une nouvelle ère de menaces juridiques se chiffrant en dédommagements astronomiques qui est également à l’origine de la quasi-disparition de la tradition bancaire genevoise – Bordier & Cie a conservé son statut de banquier privé. L’an dernier, Yves Mirabaud, comme Patrick Odier, en annonçant la transformation de leur structure, n’avaient qu’indirectement lié ce changement d’environnement à leur initiative. En juillet, le premier indiquait, cependant, que les tensions avec les Etats-Unis illustraient à quel point les risques affrontés par les banques «deviennent politiques et moins contrôlables». D’où la nécessité de s’entourer d’éminences grises transcendant la seule confrérie bancaire genevoise.

Au vu des exigences, trouver des spécialistes indépendants et compétents s’assimile à «un sacré exploit»

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