Passé les chocs des affaires UBS et de la pré-liste noire du G20, les ­banquiers privés reviennent à un discours ferme. En assouplissant son secret bancaire, la place financière s’est privée d’un «atout concurrentiel significatif», écrit mardi ­l’Association des banquiers privés suisses (ABPS). La Suisse doit rétablir cette compétitivité, faute de quoi «le pays entier en fera les frais». A cet égard, l’ABPS estime que la révision à venir de l’accord sur la fiscalité de l’épargne devra prendre en compte les concessions déjà faites par la Suisse. Comme l’avait déclaré vendredi 13 mars au Temps Grégoire Bordier, président du Groupement des banquiers privés genevois, il est à présent question de renégocier l’impôt à la source européen. «Puisque nous avons décidé de faire un pas important, il est normal que la question de l’impôt à la source soit remise sur la table, confirme Michel Dérobert, secrétaire général de l’ABPS. La Suisse doit faire attention à ne pas se laisser marginaliser et se rendre peu compétitive.»

Entraide circonscrite

Les banquiers ne sont pas dupes: «La Suisse devra impérativement s’assurer que ses partenaires de négociation, qui ne sont pas toujours aussi coopératifs au plan fiscal qu’ils le prétendent, accordent leurs actes à leurs paroles», préconise l’association. A cet égard, les banquiers lancent une critique acerbe à l’OCDE qui, en préparant l’avant-projet de liste noire du G20, «a démontré qu’elle n’est pas au service de tous ses membres, mais seulement des plus puissants». «Nous ne comprenons pas qu’une organisation se comporte de cette manière», déplore Michel Dérobert.

L’association a le souci de rassurer ses clients, lorsqu’elle écrit que, «dans l’immédiat, rien ne changera». D’abord, dit-elle, il faut que les conventions de double imposition soient révisées. Ensuite, leur ratification prendra jusqu’à deux ans. «L’idée n’est pas de faire traîner les choses, mais les procédures prendront du temps», affirme Michel ­Dérobert. En outre, les banquiers comptent fortement sur les protections que s’est données la Suisse dans sa nouvelle politique, et qui excluent les demandes vagues ou imprécises d’informations sur des contribuables. Rien ne sera accordé à la légère, si l’on en croit les banquiers, qui souhaitent exclure l’assistance fiscale «dans les cas d’importance mineure». Michel Dérobert ajoute que «l’assistance fiscale facilitée devra être refusée aux pays qui n’offrent pas toutes les garanties d’un Etat de droit démocratique».