Barack Obama ne s’est pas fait beaucoup d’amis, jeudi à Wall Street. Le président est allé sur leur terrain, à New York, pour expliquer aux financiers que rien n’y ferait: malgré «les bataillons de lobbyistes» envoyés à Washington par l’industrie financière, malgré «les millions de dollars» dépensés pour influencer le débat, il reste déterminé à faire passer la réforme du système financier. Le président a redit sa foi dans le libre marché et en un secteur financier «fort». Mais il se dit décidé à arrêter ceux qui, à ses yeux, ont agi «comme des bandits» et ont œuvré au sein de marchés hermétiques, «à l’ombre de notre économie et invisibles pour les régulateurs et le public».

De fait, la bataille de la régulation financière, annoncée dès les lendemains de la crise financière il y a deux ans, fait rage depuis des mois au Congrès. Elle suit le même cours que l’autre grande réforme entreprise par cette administration, celle de l’assurance maladie. Adoptée par la Chambre des représentants, elle est toujours en discussion au Sénat où, après avoir longtemps tergiversé, les républicains ont fini par la rejeter en bloc il y a quelques semaines.

«La règle Volcker»

Sorti laborieusement victorieux de la lutte sur la santé, Barack Obama n’entend pas, cette fois, se laisser engager sur le même chemin tortueux. En réalité, son discours d’hier était autant dirigé vers les «contribuables américains» (et vers les électeurs qui se rendront aux urnes en novembre) que vers un secteur financier qu’il ne parviendra jamais à convaincre. Le président a rappelé les trois volets sur lesquels entend agir cette réforme. La question des grandes banques, d’abord, les célèbres «too big to fail» (trop grandes pour être proclamées en faillite) dont le sauvetage a coûté des centaines de milliards à l’économie américaine. Ces sommes seront remboursées, a promis le président, y compris s’il le faut par l’imposition de taxes, comme le défend son administration. Mais ces banques devront aussi, grâce notamment à «la règle Volcker» prévenir elles-mêmes les conséquences de leur propre chute, afin de «limiter les dommages collatéraux aux gens et aux entreprises innocents».

Deuxième volet de la réforme: davantage de transparence imposée aux instruments financiers complexes et particulièrement aux produits dérivés échangés de gré à gré, ces «armes financières de destruction massive», selon le mot de Warren Buffett rappelé par le président.

Châtier la bourse

Enfin, il s’agit de mettre sur pied une agence de protection des consommateurs pour éviter la répétition d’un épisode comparable à celui des «subprime» dans lequel «des millions d’Américains ont été trompés» par des agents peu scrupuleux et ont fini par perdre leur maison.

Malgré une série de formules assassines («le président est venu châtier Wall Street», résumait le Wall Street Journal), la réforme telle qu’elle est voulue par Obama et les élus démocrates laisse encore sur leur faim l’aile gauche du parti et les associations de défense des consommateurs. Au-delà du rôle de locomotive joué par Wall Street pour l’économie américaine, l’entourage de Barack Obama sait aussi que ce sont les lobbies financiers qui permettent aux hommes politiques de faire carrière. Le monde de la finance a été le plus gros contributeur financier de la campagne présidentielle d’Obama et le restera sans doute pour les prochaines élections. Ainsi, la guerre à peine déclarée, le président offrait immédiatement les lignes d’un armistice: «Nous n’avons pas besoin de choisir entre deux extrêmes», notait-il.

Au demeurant, cette ligne médiane donne l’impression de réussir au président. Au Congrès, où les négociations se poursuivent, quelque­s sénateurs républicains commen­cent ces jours à mettre davantage d’eau dans leur vin, notamment sur la question de la transparence des produits dérivés. La défense tous azimuts d’un secteur financier débridé, il est vrai, serait bien plus difficile à justifier devant les électeurs qu’un blocage systématique en matière de réforme de la santé.