Lors d’une déclaration très attendue, Barack Obama a annoncé que son gouvernement refuserait d’investir plus avant l’argent du contribuable dans l’industrie automobile, à moins que celle-ci ne se soumette à une mutation en profondeur. Alors qu’il entrevoit un avenir possible pour General Motors, le président américain a déclaré que Chrysler, en revanche, ne pourrait survivre, à moins d’une reprise par le constructeur italien Fiat.

Son discours s’est voulu principalement tourné vers les travailleurs du secteur, pour lesquels il a manifesté sa profonde empathie. «Dans cette crise, ce sont certainement les travailleurs de l’automobile qui ont le plus souffert», a-t-il déclaré en introduction, avant de rappeler que la triste situation actuelle découlait principalement de décisions trop longtemps repoussées par les dirigeants, à Detroit mais aussi à Washington. «Il est temps aujourd’hui de faire face et de se confronter à la réalité.»

Après avoir étudié les propositions de restructuration des deux constructeurs, le groupe de travail du Trésor américain sur l’industrie automobile arrive à la conclusion qu’elles sont insuffisantes, et que la meilleure solution, pour les deux géants de Detroit, serait de se soumettre au «Chapter 11» de la loi américaine sur les faillites.

Cette disposition permettrait aux deux constructeurs de se défaire du fardeau titanesque de leurs dettes tout en poursuivant leurs activités. Dans sa déclaration, Barack Obama s’est voulu très didactique, expliquant que par «faillite», il n’entendait certainement pas le démembrement et la disparition des deux compagnies, mais bien la poursuite de leurs activités et le maintient des emplois. Mais cela nécessitera d’importantes concessions de la part des créanciers et des syndicats, et aussi des autres parties prenantes du secteur, comme les fournisseurs et les revendeurs, a-t-il insisté.

Dans l’immédiat, GM et Chrysler recevront les fonds nécessaires pour survivre, respectivement, 60 et 30 jours. La direction de GM devrait être entièrement remplacée au cours des prochaines semaines, ce qui permettra d’envisager des restructurations radicales. Vendredi, le Trésor américain a demandé la démission de l’homme qui incarne GM depuis 2000, son président et directeur Rick Wagoner. Son départ a été confirmé dimanche soir. Frederick Henderson, actuel président et directeur des opérations (COO) de GM reprendra la direction du groupe. Ce dernier est depuis longtemps regardé comme le successeur naturel de Rick Wagoner, et beaucoup s’interrogent ainsi sur la durabilité ou la pertinence de cette succession. «Durant les prochains mois, mon équipe travaillera avec la direction de GM pour établir un tout nouveau modèle d’affaires», a déclaré Barack Obama, précisant toutefois que son gouvernement n’avait aucune velléité de prendre la direction de l’industrie automobile, mais plutôt de l’accompagner pour la remettre sur les rails du succès.

Pour Chrysler en revanche, le diagnostic de l’administration Obama est sans appel: le constructeur n’est pas viable seul. Il dispose donc d’un sursis de 30 jours pour trouver un arrangement avec le constructeur italien Fiat, avec lequel il négocie un rapprochement depuis le début de l’année. A la seule condition qu’un accord soit trouvé, le gouvernement américain acceptera d’investir encore 6 milliards de dollars dans Chrysler pour préparer la reprise. Mais l’arrangement comprendra impérativement le remboursement par Fiat de l’argent du contribuable investi, a assuré Barack Obama.

S’adressant aux acquéreurs potentiels de véhicules Chrysler ou GM, Barack Obama a dit que son gouvernement garantirait lui-même l’achat de nouveaux véhicules, assurant que les éventuelles réparations pourront être faites à l’avenir. Il a également annoncé que l’achat de voitures américaines pourrait être déduit des impôts, rétroactivement depuis le 26 février, et jusqu’à la fin de cette année. Enfin, il a souhaité établir à terme, en collaboration avec le Congrès, un plan de financement pour un programme d’échange d’anciens véhicules «polluants et coûteux» contre les futures voitures plus écologiques que produiront les constructeurs américains.

Cela fait cinq mois que les deux constructeurs négocient sans succès, d’une part avec le puissant syndicat UAW (United Automobile Workers) et d’autre part avec leurs créanciers et détenteurs d’obligations. Or les uns refusent de faire plus de concessions tant que les autres n’en auront pas fait autant, et inversement.

Au total, les deux constructeurs emploient 140 000 personnes sur sol américain. La dette obligataire de GM pèse près de 28 milliards de dollars. Chrysler est endetté de près de 7 milliards de dollars, principalement auprès de banques. Les deux constructeurs doivent respectivement 20 et 10 milliards de dollars à la caisse maladie de leurs retraités.

En février, GM et Chrysler avaient estimé le prix de leur survie à plus de 20 milliards de dollars d’aide gouvernementale supplémentaire. Un montant qu’ils n’obtiendront pas, à en croire les conclusions de l’administration Obama. En décembre, ils avaient déjà obtenu un total de 17,4 milliards de dollars du Trésor.

Le licenciement de Rick Wagoner demandé par l’administration Obama est une mesure à forte portée symbolique, à l’heure où les patrons d’entreprises sous perfusion de fonds publics sont unanimement décriés aux Etats-Unis. Le jeune patron de 56 ans, qui récemment se rendait encore en jet privé à Washington pour mendier des fonds publics, incarne les excès et la déchéance de toute l’industrie automobile américaine. A son arrivée à la tête de GM en 2000, l’action du groupe valait près de 70 dollars. Elle en vaut un peu moins de 4 aujourd’hui. Présidant au déclin de GM, celui qui fut l’un des plus jeunes dirigeants de la compagnie a fait une série de choix stratégiques qui se sont révélés désastreux, dont celui de se concentrer essentiellement sur les très grosses cylindrées. Sous son règne, GM a a cédé sa place de premier constructeur mondial au profit de Toyota, et cumulé 82 milliards de pertes en 4 ans, dont 31 milliards en 2008.

A l’ouverture aujourd’hui de la bourse de New York, le titre GM perdait 30% par rapport à la clôture de vendredi.