Barack Obama avait hier un pistolet dans sa poche. Il l’a dégainé et dirigé sur la tempe des constructeurs automobiles General Motors (GM) et Chrysler. Le premier, a expliqué le président américain, a deux mois pour présenter un plan de restructuration d’entreprise convaincant. Le second dispose d’un mois pour forger une fusion avec l’italien Fiat. Dans le cas contraire, les deux compagnies pourraient être placées sous le chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites.

Le pistolet n’est que métaphorique. Mais il pourrait faire pareillement mal. Depuis un mois, la «task-force» réunie par le président a enquêté à Detroit pour cerner les chances des deux compagnies de survivre. Ce qu’elle a découvert ne lui a pas plu: vendredi, ses conclusions ont amené Barack Obama à débarquer le président et directeur de GM, Rick Wagoner, qui dirigeait la compagnie depuis presque une décennie. Entre les lignes, l’administration a laissé entendre que Wagoner avait deux faiblesses principales. D’abord, il refusait de considérer la faillite comme une option envisageable. Ensuite, il se serait montré trop conciliant envers le syndicat de l’automobile.

Dans son allocution, Barack Obama a souligné qu’une mise en faillite (qui permet à une entreprise de restructurer ses dettes à l’abri des créanciers) ne signifierait pas le démembrement des géants de Detroit. «Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas et nous ne laisserons pas notre industrie automobile simplement disparaître», a-t-il martelé.

Plaçant la responsabilité autant sur les leaders politiques de Washington que sur «Detroit», Barack Obama a regretté que les constructeurs aient esquivé systématiquement les «choix difficiles», manquant notamment le virage de l’écologie. Le président a toutefois pris bien soin de dédouaner «les travailleurs» ainsi que de saluer «les efforts extraordinaires» consentis jusqu’ici par les syndicats.

Déductions d’impôts

Semblant préparer encore davantage le terrain vers une possible mise en faillite – qui devrait être le cas échéant «temporaire et chirurgicale» – le président s’est aussi adressé directement aux Américains pour que cette perspective ne les empêche pas d’acheter des voitures américaines. L’Etat, a-t-il annoncé, se portera garant du service après-vente. Bien plus: les Américains devraient bénéficier de larges déductions d’impôts liées à un achat américain, avec un effet rétroactif à fin février. De plus, prenant exemple sur l’Europe, Barack Obama a annoncé qu’il tenterait de convaincre le Congrès d’adopter des mesures d’incitation pour les consommateurs qui choisiraient de remplacer leur vieille automobile par un véhicule moins polluant.

Que devront faire les constructeurs pour empêcher le coup de pistolet de partir? L’administration va sans doute décider de nommer un «tsar de l’automobile» pour peser encore sur les négociations avec les syndicats, même si le président a affirmé avec force qu’il n’était pas dans l’intention de l’Etat de prendre le contrôle de ces compagnies.

20 milliards de plus

General Motors et Chrysler ont reçu en décembre dernier plus de 17 milliards de fonds publics. Leurs dirigeants ont estimé qu’il leur faudrait quelque 20 milliards de dollars supplémentaires pour assurer leur survie. Ils avaient jusqu’au 31 mars pour présenter un plan qui puisse garantir que l’argent public ne serait pas dépensé en pure perte.

Si Barack Obama n’a pas exclu de débourser plus à l’avenir, il inverse en quelque sorte le schéma dans le cas de Chrysler. Ne faisant pas mystère du fait que l’entreprise, au contraire de GM, ne serait pas viable seule, il a promis de tenir six milliards de dollars à sa disposition pour encourager son alliance avec Fiat.