Barack Obama prié d’ouvrir les relations économiques avec Cuba

Développement Les Cubano-Américains submergent l’île de billets verts, au risque de déstabiliser la révolution des frères Castro

Raul fête ses 83 ans cette semaine

Le compte à rebours a commencé. L’Amérique est à l’honneur dans une île de moins en moins communiste, après quatre années d’ouverture capitaliste menée par Raul Castro. De La Havane à San­tiago, les cuentapropistas (entrepreneurs indépendants) vendent des briquets, des casquettes et des lunettes à l’effigie du drapeau américain. Les élégantes portent des lycras à l’image de la bannière étoilée.

«Il aura fallu attendre cinquante ans avant que la relation avec les Etats-Unis s’améliore. Iro­niquement, c’est grâce à Mandela, qui a permis à Raul et à Barack Obama de se serrer la main», conte Pedro, un jeune musicien de San­tiago. La détente est à l’ordre du jour. Une étude de l’institut Atlantic Council a révélé récemment que 56% des Américains sont en faveur d’une normalisation des relations avec Cuba. Alors que la croissance est, selon les chiffres officiels, attendue à 2,2% cette année, contre 2,7% en 2013.

Fait exceptionnel, les plus hauts responsables commerciaux amé­ricains se sont rendus à La Havane la semaine dernière. «Il est temps d’ouvrir un nouveau chapitre des relations entre les Etats-Unis et Cuba; et ce moment, c’est maintenant», a déclaré le président de la Chambre de commerce des Etats-Unis, Thomas J. Donohue, qui représente plus de 3 millions d’en­treprises de l’Oncle Sam. A la tête d’une forte délégation de patrons, Thomas J. Donohue a exhorté Barack Obama à «prendre de nou­velles mesures d’assouplissement, ouvrir de nouvelles voies pour l’importation et l’exportation des biens et services».

Ces mesures ne signifient pas la levée immédiate de l’embargo commercial contre Cuba. L’interdiction pour les Américains de voyager à Cuba pourrait, elle, être levée en novembre, après les élections de mi-mandat au Congrès. ­Barack Obama a déjà assoupli la législation pour les universitaires et les religieux. Près de 100 000 Américains ont visité l’île en 2013. Il faut y ajouter près d’un demi-million de Cubano-Américains.

Les Cubains de Miami ne sont pas des touristes comme les autres. Ils investissent dans les petits commerces des cuentapropistas. Ils font rêver les familles avec leurs billets verts. «C’est un ami de Miami qui nous a aidés à créer notre commerce. Il a apporté l’investissement et surtout la façon de créer ce négoce», explique Paula, qui gère un traiteur à Cojimar, près de La Havane. Les remesas (virements aux familles) sont passées de 1 milliard de dollars en 2008 à 3 milliards de dollars l’an dernier.

Avec cet afflux de dollars, les ­Castro pourraient perdre le contrôle du pays. Publicité et marketing étaient jusqu’ici des concepts inconnus, tout comme l’idée de démocratie. Vendeurs de pizzas, réparateurs de téléphones, les 444 000 nouveaux capitalistes rouges ont de plus en plus des désirs de démocratie. C’est un défi considérable à gérer pour des dirigeants octogénaires, même si ceux-ci ont montré jusqu’ici un génie politique de survie. Au-delà de la détente, les Etats-Unis tentent toujours de renverser le régime, comme ce fut le cas entre 2010 et 2012 avec un Twitter à la cubaine, ZunZuneo, piloté par la CIA pour déstabiliser le régime sur le modèle des Printemps arabes.

Malgré une nouvelle loi d’investissement étranger et de nombreuses ouvertures dans la société civile, Cuba reste une dictature et le défaut de paiement y est important. Les entrepreneurs étrangers sont soumis au bon vouloir bureaucratique de La Havane, qui n’hésite pas à fermer des entreprises en ne renouvelant pas leurs licences.

Un consultant occidental en poste à La Havane confie: «Une société étrangère peut être expulsée du jour au lendemain, sans justification, et cela n’est pas si rare. Il n’y a pas tant d’argent que ça à gagner à Cuba, à moins d’avoir une stra­tégie à très long terme et de se po­sitionner en prévision de la levée de l’embargo, comme Nestlé.» Le géant suisse fait rêver les Cubaines. «Achète-moi une glace à la Shopi [Shopping, le magasin]», disent les belles à leurs fiancés. Au moment de son départ, Thomas Donohue, conscient des difficultés existantes, a d’ailleurs conclu: «Il reste beaucoup à faire. Et beaucoup à faire des deux côtés.»

«Une société étrangère peut être expulsée du jour au lendemain, sans justification, et cela n’est pas si rare»