Le prix du baril de Brent est passé au-dessus des 73 dollars lundi, celui qui prévalait avant la pandémie. Ce brut écossais, qui fait office de baromètre de l’économie mondiale, gagne progressivement en valeur depuis le printemps 2020, au pic de la crise sanitaire, quand il s’échangeait à 20 dollars. Le cours du WTI, un pétrole américain qui a évolué en territoire négatif en avril 2020, suit une courbe similaire. Cette année, la valeur du Brent et du WTI a augmenté de moitié.

Lire aussi: Le pétrole découvre les territoires négatifs (20.04.2020)

Les analystes y voient le signe d’une reprise, d’une vaccination efficace contre le Covid-19 et notamment d’une offre restreinte. Mais d’autres facteurs pourraient venir brouiller les cartes dans les semaines à suivre. Un tiers de l’énergie mondiale émane du pétrole et plus de 80% de sources fossiles (charbon, pétrole et gaz), selon l’Agence internationale de l’énergie.

Le rôle de l’Iran

L’actualité en Iran influencerait les cours du brut ces jours-ci. Ce pays figurait parmi les dix principaux producteurs avant la crise et les sanctions américaines à son encontre. Dimanche, un président conservateur, Ebrahim Raïssi, a été élu, ce qui pourrait compliquer les négociations sur son programme nucléaire, selon la presse anglo-saxonne. Un accord aboutirait à la levée des sanctions américaines, et dans son sillage, à une hausse de son offre en pétrole et une baisse des prix. Environ 1,5 million de barils par jour sont en jeu: l’Iran en produit 2,5 millions par jour contre près de 4 millions avant les sanctions.

Avant la pandémie, le globe consommait une centaine de millions de barils par jour, un chiffre qui tourne désormais autour des 97 millions mais qui croît de semaine en semaine. En Inde, malgré une nouvelle vague de coronavirus, l’économie donne des signes de redressement. Aux Etats-Unis et en Europe, le trafic autoroutier a renoué avec son niveau d’avant la crise. En Chine, la demande en pétrole excède celle qui prévalait avant le Covid-19. Le déploiement des vaccins, qui se précise dans l’hémisphère nord, entraîne une levée des restrictions et une reprise.

Lire aussi: Un gisement de pétrole au Congo suscite des tensions en Suisse

Seule l’aviation manque au rendez-vous. A Cointrin par exemple, 81 avions de ligne ont décollé dimanche, contre 20 le dimanche 21 juin 2020 et 209 le dimanche 23 juin 2019. Des ratios qu’on retrouve au niveau européen.

«Le marché se rallie à l’idée qu’avec un rebondissement de la demande cet été dans l’hémisphère nord, une offre supplémentaire en pétrole sera nécessaire», indique Daniel Hynes, analyste chez Australia and New Zealand Banking Group, cité par Bloomberg. «Les pays de l’OPEP restent prudents, il y a peu de chances que le pétrole iranien arrive bientôt, le marché restera vraisemblablement assez tendu ces prochains mois.»

Au pic de la pandémie, l’offre en pétrole était d’autant plus surabondante que les producteurs ont tardé à fermer les vannes. Désormais, ces derniers hésitent à relancer la machine. Le 1er juillet, les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) doivent se réunir pour décider d’une éventuelle levée de leurs quotas. En outre, la transition énergétique incite les firmes pétrolières à réduire leurs investissements dans le domaine, ce qui freine également l’offre.

Le futur du pétrole

Durant un sommet sur les matières premières la semaine dernière, les patrons des négociants suisses Trafigura, Vitol et Mercuria ont anticipé une légère hausse des prix ces prochains mois, sans écarter le scénario d’un baril à 100 dollars. «La demande en pétrole va croître jusqu’en 2030, quand elle atteindra son pic, et se stabiliser pendant une décennie avant de décliner, rapidement, dans les années 2040», anticipait Russell Hardy, le patron de Vitol. C’est ainsi que Trafigura et Vitol ont investi cette année dans un gisement pétrolier de l’Arctique russe.

Coûteuse, l’extraction du pétrole de schiste, notamment aux Etats-Unis, devrait se préciser si les cours continuent de s’élever. Avant la crise, les Etats-Unis étaient devenus les principaux producteurs au monde. L’Arabie saoudite et la Russie ont depuis pris le relais.