Les horlogers suisses abordaient Baselworld avec optimisme, mais aussi une grande circonspection quant à la solidité de la reprise. Une semaine aura suffi à leur redonner un franc sourire, pour la grande majorité d’entre eux en tout cas.

Le Salon mondial de l’horlogerie et de la bijouterie a tout d’abord fait le plein de visiteurs: 100 000 personnes auront fait le voyage de Bâle d’ici à la fermeture des portes ce jeudi soir, soit une hausse d’environ 10% en un an. Mais l’événement a surtout été une réussite commerciale puisque les commandes enregistrées par les quelque 500 sociétés helvétiques présentes ont augmenté d’environ 45% par rapport à 2009, «ce qui nous ramène à un niveau intermédiaire entre 2007 et 2008», déclare François Thiébaud, président du comité des exposants suisses et patron de la marque Tissot (Swatch Group), rencontré mercredi sur son stand.

Ce taux élevé doit certes être mis en regard avec une année 2009 qualifiée de «catastrophique» par de nombreux acteurs de la branche. Et doit beaucoup à la reconstitution des stocks. Certaines sociétés ont subi des contractions de chiffre d’affaires dépassant allègrement les 30 à 40% l’an dernier. C’est donc sans surprise que le patron de Tissot relativise le rebond: «En termes de climat d’affaires, nous sommes aujourd’hui comme au début du printemps. Le soleil brille, mais il ne fait pas encore chaud.»

Il n’empêche. Le boom des affaires avec la Chine ne se dément pas. «Et plus réjouissant, tous les marchés sont en progression, y compris les Etats-Unis», raconte Karl-Friedrich Scheufele, coprésident de Chopard, qui fête cette année son 150e anniversaire. Si les niveaux de 2008 n’ont pas encore été retrouvés pour la manufacture genevoise, celle-ci vise une croissance des ventes de 10% cette année, «voire un peu plus» (ventes 2009 évaluées à 600 millions). Côté commandes, «nous avons grosso modo doublé le volume par rapport à 2009», confie le dirigeant.

«Confiant en l’avenir»

Sans donner aucun chiffre, Rolex, qui figurait parmi les plus pessimistes il y a un an, abonde: «Le niveau des commandes est considéré comme très satisfaisant.» Le groupe tient du coup l’édition 2010 pour «très réussie» et affirme être «très confiant en l’avenir».

Quant au volubile patron de Hublot, Jean-Claude Biver, il va encore plus loin: «J’en viens à me demander si c’est bien réel, lâche-t-il. Nous avons engrangé plus de 120 millions de francs de commandes depuis le début de l’année [ndlr: Hublot faisait état de 55 millions à l’issue du Salon international de la haute horlogerie de Genève en janvier dernier]. Ce niveau est supérieur à ce que nous observions en 2008, année record», s’enthousiasme-t-il. Et même de plus petits acteurs, qui abordaient la foire sans grande illusion, achèvent le marathon positivement. «On sent que la crise est terminée», observe Jürg Bohne, patron de la société soleuroise Atlantic.

Presque un retour à l’euphorie? «Non, mais un retour à une situation plus saine», lâchent en chœur tous les patrons rencontrés, qui estiment avoir tiré les leçons de la crise. Aucun d’eux ne minimise aujourd’hui les problèmes de surendettement de certains Etats. Ni l’envolée du franc.