Début avril, la société vaudoise Natel Futé, qui informait 30000automobilistes des tracas routiers, faisait faillite. Ce vide a aiguisé les appétits de plusieurs sociétés romandes. Parmi elles, deux prônent un changement technologique en proposant un lot d'informations routières via une application pour téléphone mobile. Concrètement, le conducteur voit apparaître de petites icônes sur la carte routière de son téléphone (grâce au GPRS). Il est ainsi informé des travaux, radars et autres perturbations du trafic.

Sur ce principe, Mobinfo a lancé son service, Mobiroad, début mai. Roberto Marra, patron de la société sise à Ecublens, qui emploie une dizaine de personnes, espère atteindre le nombre de 15000 abonnés d'ici à la fin de l'année: «Les ventes sont pour l'instant supérieures au plan, qui prévoyait un bénéfice pour le quatrième trimestre 2006.»

Le SMS? Trop intrusif

Le groupe neuchâtelois Omnicom (dvdfly.ch entre autres) reprend, lui, les actifs de Natel Futé, notamment le portefeuille clients. Il annonce qu'il lancera un service similaire, appelé Mobileone, début août. Une quinzaine de collaborateurs travailleront depuis Fribourg. Les clients lésés de Natel Futé se verront créditer du solde de leur abonnement sur le nouveau service. Renzo Del Mastro, cofondateur d'Omnicom, explique l'échec de Natel Futé: «Le SMS était particulièrement intrusif et cher. Notre système peut être déconnecté à l'envi et notre structure de coûts est moins lourde que celle de Natel Futé.»

La bataille entre les deux PME romandes s'annonce acharnée. «Avec ma société Link-u, j'avais développé la technologie pour Natel Futé, avant que la société ne s'arrête, explique Roberto Marra. Omnicom va-t-il utiliser cette même technologie?» s'enquiert l'entrepreneur. Renzo Del Mastro ne cache pas que la technologie de Mobileone se rapprochera de celle de son concurrent. «La différence se fera au niveau de la qualité de l'information et des services», glisse-t-il. Le prix, lui, est identique, à savoir 180 francs par an pour les deux prestataires.

Plainte déposée

Mais l'empoignade pourrait se terminer devant le juge. «Nous avons déposé une plainte pénale contre Mobinfo, indique le cofondateur d'Omnicom. Nous pensons que la faillite de Natel Futé a été provoquée afin de remonter une nouvelle société.»

Au-delà de ce conflit, la demande en infos routières existe bel et bien, confirme Stéphane Blum, fondateur de Sport Concept, qui propose Inforadars, un service par SMS sur requête, depuis un mois. La société de Saint-Légier (VD) ne considère pas les deux premières comme des concurrentes. «Nous pouvons nous appuyer sur un fort partenariat avec les radios locales (ndlr: Rouge FM, Radio Fribourg, Canal 3, etc.). Nous allons également vendre nos infos à Mobiroad.»

Et si tous testent le marché romand dans la perspective d'attaquer la Suisse par la suite, le potentiel clients semble bien petit pour autant d'acteurs. Reste cette question: lequel va percer?