Avec la reconnaissance des normes IFRS par les Etats-Unis, l’heure de la convergence comptable avec l’Europe avait sonné. Les entreprises n’avaient plus qu’à payer le prix global de la transparence. C’était sans compter sur les clients eux-mêmes. Certaines entreprises apprécient très moyennement le coût des factures comptables. Le groupe zougois Bossard, une grande PME cotée en bourse (techniques de fixation), vient ainsi de rejeter les normes internationales et revenir aux normes suisses Fer. Le coût des normes IFRS dépasse les bienfaits de la transparence, dit-elle.

Sans doute, les grandes multinationales continueront d’appliquer les normes IFRS, mais Bossard a le mérite de relancer le débat sur les mérites et les coûts de l’instrument de transparence que sont les normes IFRS.

L’Europe avait décidé d’appliquer les normes IFRS en 2005. La recherche financière dispose donc de nombreux travaux. Les investisseurs ont réagi favorablement à ce changement, selon un travail de l’Université de Harvard (1). La réaction est logiquement supérieure pour les sociétés dont la qualité de l’information était plus modeste préalablement. Cependant même les groupes à la pointe de l’information ont aussi réagi positivement.Les investisseurs apprécient en effet les bénéfices d’une convergence comptable.

Une autre recherche (2) se penche sur la manière dont les investisseurs ont réagi au changement comptable. L’arrivée de l’IFRS s’est traduite par une réaction plus forte de l’action aux informations sur le bilan (book value) que sur le bénéfice net.

Les auteurs observent une meilleure reconnaissance des actifs intangibles (goodwil, brevets, droits) et du bilan en général, alors que l’abondance de postes transitoires (effets extraordinaires) limitent l’importance du bénéfice déclaré.

Un travail original de l’Université de Caroline du Nord (3) puisqu’il est le premier du genre, tente de savoir si le changement de normes comptables exerce un impact sur le contenu même de l’information des entreprises.

Leur analyse porte sur 8447 sociétés de 27 pays et un total de 28 143 annonces de bénéfices. L’adoption d’IFRS (16 pays) se traduit par une augmentation du contenu de l’information par rapport aux 11 pays qui conservent les normes domestiques. Cette augmentation se mesure par la volatilité du rendement lors de la présentation du bénéfice. Elle est frappante dans les pays scandinaves, l’Allemagne et la France. Il n’y a par contre guère de différence dans les pays anglo-saxons puisque leurs normes comptables étaient déjà proches de l’IFRS.

Daske montre lui que la liquidité de l’action et la valeur boursière (mesurée par le Tobin Q) augmentent au moment de l’introduction de l’IFRS tandis que le coût du capital diminue.

La discussion va sans doute se poursuivre sur les mérites mêmes de IFRS. La réaction de Bossard montre que la mosaïque des travaux de recherche devrait s’élargir à l’avenir aux sociétés qui reviennent aux normes domestiques. Et elle devrait distinguer entre les différentes tailles des sociétés et les secteurs.

(1) Market reaction to the adoption of IFRS in Europe, C.Armstrong, M.Barth, A.Jagolinzer, E.Riedl, Harvard University, Working paper, sept 2008

(2) Have IFRS changed how investors respond to earnings and book values? Leif Atle Beisland (Université de Agder), Kjell Henry Knivsfla (Université de Norvège), janvier 2009

(3) The information content of annual earnings announcements and mandatory adoption of IFRS, Wayne Landsman, Edward Maydew, Jacob Thornock, février 2009