La lutte pour le contrôle de Sulzer à laquelle se livrent le conseil d'administration du groupe industriel et la société de participation Incentive Capital de René Braginsky a franchi une nouvelle étape vendredi. C'est ce jour-là que commence en effet l'offre publique d'achat (OPA) inamicale lancée par Incentive Capital sur Sulzer. Une offre qui a été confirmée vendredi, pour la variante «en liquide», à une valeur correspondant à deux actions Sulzer Medica et 410 francs de numéraire pour chaque action Sulzer. Ce qui valorise Sulzer à plus de 4,4 milliards de francs. Un prix qui comporte, selon Incentive, une prime attrayante de 41% sur la valeur de Sulzer Industries, le pôle industriel du groupe. Compte tenu du dividende de 20 francs versé par Sulzer, le montant en numéraire ne dépasse toutefois pas 390 francs, a corrigé avec raison vendredi Sulzer dans un communiqué. Et ce prix est très loin de refléter la valeur réelle de Sulzer Industries selon Fred Kindle, son responsable opérationnel. Le groupe industriel de Winterthour a donc confirmé vendredi son rejet de l'OPA d'Incentive.

A moins d'un mois de l'assemblée générale des actionnaires de Sulzer du 19 avril, Incentive Capital avait de son côté, tôt le matin, présenté le conseil d'administration fantôme qu'il entend faire nommer par les actionnaires de Sulzer, avant même que son OPA n'ait abouti. Et c'est Eberhard von Koerber – un Allemand de 62 ans résidant en Suisse – qui a été prévu pour en assumer la présidence. Il s'agit d'une personnalité relativement peu connue mais qui a été durant dix ans – soit de 1998 à 1998 – vice-président de la direction du groupe ABB. Le conseil d'administration constitué par Incentive sera en outre composé de Marc Küffer (58 ans), le patron de la société horlogère Roventa-Henex, ainsi que de René Braginsky, Karl Otto Poehl, l'ancien président de la Bundesbank allemande, et Hans Kaiser, ancien responsable financier de Maag Finanz.

De son côté, le groupe Sulzer avait proposé au début du mois de nommer Leonardo Vanotti en tant que président du conseil d'administration. Ceci afin de remplacer Ueli Roost, contraint de démissionner après l'échec de son projet, lancé à l'automne 2000, de faire racheter par le groupe Sulzer les 26% de Sulzer Medica – sa filiale médicale – qu'elle ne détenait pas encore. Un projet froidement accueilli par le marché et qui a dû être annulé sous l'effet de la rébellion lancée par René Braginsky. Ce dernier contrôle actuellement près de 15% de Sulzer, en tenant compte des options.

Lequel des deux camps a-t-il les meilleures chances de l'emporter? Si chacune des parties affiche sa confiance, les spécialistes sont indécis. Il apparaît toutefois que les investisseurs institutionnels étrangers se montrent davantage séduits par l'équipe d'Incentive Capital. D'autres voix font cependant remarquer que Fred Kindle, responsable de Sulzer Industrie, marque des points lui aussi. Car les deux parties sont engagées ces temps-ci dans de multiples tournées de présentations (road shows) en Suisse et à l'étranger pour réunir le plus de partisans. Des deux côtés, on semble aussi enclin à reconnaître que les investisseurs résidant en Suisse sont davantage disposés à renouveler leur confiance dans l'équipe dirigeante actuelle de Sulzer. Ce qui ne permet pas de prévoir le résultat final du vote du 19 avril, ni celui de l'OPA. D'autant qu'un compromis n'est pas exclu.