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Xavier Rolet, directeur du London Stock Exchange, dont l’actionnaire activiste Chris Hohn demande le retour.
© MATTEO BAZZI/EPA

Finance

Bataille d’ego à la bourse de Londres

Une assemblée générale extraordinaire s’est déroulée mardi pour s’expliquer sur la mise à l’écart du directeur général, Xavier Rolet

L’un des plus violents combats d’ego qu’ait connus la City ces dernières années s’est terminé mardi au sous-sol d’un hôtel dans une salle aux trois quarts vides. La bourse de Londres (London Stock Exchange ou LSE) tenait une assemblée générale extraordinaire, à la demande d’un de ses actionnaires. Le visage renfermé des six hommes du conseil d’administration présents – pas de femme –, qui ont expédié la réunion en trente-trois minutes exactement, en disait long sur leur prodigieux agacement de devoir venir s’expliquer en public. A l’ordre du jour, une seule question: les actionnaires voulaient-ils la démission du président du conseil d’administration, Donald Brydon? Ils ont été 21% à répondre par l’affirmative, ce qui lui permet de rester à son poste, mais représente un camouflet dans le monde feutré des assemblées générales.

D’habitude, ce genre de combat de coqs se joue dans les coulisses, loin des regards. Mais depuis deux mois, la lutte entre trois hommes au caractère bien trempé au sommet de la bourse de Londres s’étale au grand jour: Xavier Rolet, son ancien directeur général, Donald Brydon, son président, et un actionnaire activiste, Chris Hohn.

Relations détériorées

L’affaire concerne la démission de Xavier Rolet, annoncée le 19 octobre et qui devait être effective fin 2018. A la tête de LSE depuis 2009, le Français avait réussi l’essentiel de son parcours. A coups d’acquisitions, il avait triplé le chiffre d’affaires et multiplié par six le cours de l’action. Mais si l’homme est ultra-efficace et très direct, il peut aussi être arrogant et cassant. Il s’était lancé dans une fusion avec Deutsche Börse, l’opérateur de la bourse de Francfort, qui a échoué en grande partie à cause du Brexit. Et ses relations avec le président, Donald Brydon, s’étaient progressivement détériorées.

Après presque neuf ans à son poste, l’annonce du départ de Xavier Rolet pouvait sembler logique. Mais Chris Hohn, fondateur et principal dirigeant de TCI, un fonds d’investissement, y a vu anguille sous roche. Derrière ses airs de comptable – lunettes sans monture, cravate impeccable, cheveux coupés court – l’homme aime les batailles avec les grands groupes. A son tableau de chasse se trouvent notamment des affrontements avec Safran et Volkswagen.

La polémique enfle

«Il est clair que (Xavier) a été forcé au départ, contre son gré, par le conseil d’administration», a-t-il lancé en novembre dans une lettre ouverte. Il accuse Donald Brydon, connu pour son mauvais caractère, d’avoir effectué un coup de force. Et plutôt que de tenter de calmer le bras de fer, Xavier Rolet a choisi de se retrancher dans le silence, mettant en avant des clauses de confidentialité.

Pendant un mois, les lettres publiques de Chris Hohn ont défrayé la chronique. L’actionnaire, fort de sa participation de plus de 5%, a décidé de convoquer une assemblée générale extraordinaire pour demander le retour de Xavier Rolet et le départ de Donald Brydon.

Finalement, sous pression, le Français a annoncé son départ le 19 novembre, avec effet immédiat, tandis que le président décidait de partir en 2019. Mais l’assemblée générale s’est quand même tenue. Il était trop tard pour régler le sort du directeur général mais il restait celui du président. Ce mardi, une poignée de petits porteurs ont tenu à dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas: «Cette affaire a jeté l’opprobre sur la bourse de Londres, regrette Aubrey Gordon Franklin, l’un d’entre eux. L’élite de la City [«the old boys’network»] s’est liguée contre [Xavier Rolet].»

Pression maintenue

Tête baissée, regard fixé sur ses papiers, Donald Brydon ne répondra à l’accusation qu’à la fin de la réunion, ne cachant pas son irritation à l'égard de Chris Hohn. «Un processus de succession calibré avec attention avait été mis en place mais malheureusement, la conduite de quelques actionnaires a provoqué une distraction majeure pour l’entreprise.»

Chris Hohn, qui n’était pas dans la salle ce mardi, ne semble pas vouloir relâcher la pression. «Le [résultat du vote] montre qu’une partie substantielle des actionnaires pense que la bourse de Londres a connu un échec de sa gouvernance. Le président doit en tirer les conséquences.» Le sort de Xavier Rolet est réglé, mais ses effets continuent à se faire sentir.

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