Technologie

La bataille sur la neutralité d’Internet débute aux Etats-Unis

Nommé par Donald Trump, le président de la FCC Ajit Pai estime que les opérateurs télécom doivent pouvoir contrôler ce qui se passe sur leur réseau. Et ainsi nuire à l’innovation, clament des start-up

C’est une longue bataille qui a débuté cette semaine à Washington. Et elle pourrait ensuite avoir des conséquences au niveau mondial. Ce mercredi, Ajit Pai a affirmé son intention de supprimer le principe de neutralité de l’Internet. Le président de la Federal Communications Commission (FCC), nommé par Donald Trump fin janvier, était ouvertement un adversaire de ce principe. Il met désormais ses plans à exécution en engageant un bras de fer avec des centaines de sociétés technologiques américaines.

Ajit Pai en est conscient, le combat prendra du temps. Et il en parle lui-même en termes guerriers: «Ne vous y trompez pas: c’est une bataille que nous allons mener et c’est une bataille que nous allons gagner», a-t-il affirmé mercredi. Aux Etats-Unis, la FCC est l’organisme qui régule Internet et les pratiques, également commerciales, des opérateurs. Dans le viseur de son président, la neutralité d’Internet empêche les fournisseurs d’accès à Internet de bloquer ou de ralentir le contenu proposé par des médias, ou de demander rétribution en échange d’un libre passage.

«Prophéties hystériques»

Ainsi, AT&T, Verizon ou encore Comcast n’ont pas le droit de brider l’accès à du contenu de Netflix pour favoriser leur propre offre de télévision. Cette loi, votée sous l’ère Obama, est désormais attaquée par la FCC. «Il y a deux ans, j’ai averti que nous faisions une erreur majeure. C’est de l’économie basique: plus vous régulez quelque chose, moins vous en tirerez des bénéfices», a affirmé Ajit Pai. Et d’ajouter: «Nous avons décidé d’abandonner des règles qui fonctionnaient seulement à cause de préjudices hypothétiques et de prophéties hystériques prédisant des malheurs.»

Cette décision a été saluée par les fournisseurs d’accès américains. «Nous applaudissons cette initiative d’Ajit Pai pour supprimer ce nuage régulatoire étouffant au-dessus d’Internet», a affirmé le directeur d’AT&T. Le cas de cet opérateur est intéressant: il est justement en train de se marier, dans une fusion à 85 milliards de dollars (environ 84,2 milliards de francs), avec le fournisseur de contenu Time Warner. Du coup, AT&T pourrait être tenté de privilégier ses films et séries TV au détriment de celles de purs créateurs et diffuseurs de contenus tiers.

«Imposer un péage»

En face, les réactions ne se sont pas fait attendre. «Sans neutralité d’Internet, les fournisseurs d’accès seront capables de choisir qui seront les gagnants et les perdants du marché», a écrit un groupe représentant plus de 800 start-up américaines. Selon ce groupe, les fournisseurs d’accès pourraient «bloquer du trafic provenant de nos services pour favoriser leurs propres services ou ceux de concurrents bien établis. Ou ils pourraient nous imposer une sorte de péage, limitant ainsi le choix pour les consommateurs.»

Parmi ce groupe de 800 start-up se trouvent des noms, pour la plupart, peu connus aux Etats-Unis, et quasi inconnus en Europe: Etsy, GitHub, Imgur, Nextdoor, Warby Parker. Et comme le soulignait le site spécialisé The Verge, ce sont justement des sociétés qui tentent de percer qui vont souffrir le plus de potentiels blocages de la part des fournisseurs d’accès. Pour l’heure, Netflix, symbole des sociétés profitant de l’infrastructure de ces derniers, ne s’est pas exprimé. Et pour cause, soulignait The Verge: son directeur affirmait récemment qu’aucun opérateur n’oserait filtrer ses séries et films auprès de ses 50 millions de clients américains. Ce sont bien les petites sociétés qui ont le plus à craindre des nouvelles règles.

Mais pour cela, il faudra qu’Ajit Pai se batte. S’il est certain d’obtenir une majorité de voix au sein de la FCC, il devra convaincre les parlementaires américains et sans doute ensuite des tribunaux. S’il devait gagner, la neutralité d’Internet, principe bien établi en Suisse et en Europe, pourrait vaciller.

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