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La fusion Bayer Monsanto a donné lieu à plusieurs manifestations ce printemps.
© Wolfgang Rattay/Reuters ©

Agrochimie

Comment Bayer veut faire oublier Monsanto

La fusion du groupe de Leverkusen avec le controversé semencier américain est le mariage le plus important et le plus risqué de l’histoire économique allemande. Pour désarmer ses opposants, Bayer promet une agriculture «durable», qui veut recourir plus à la technologie et moins aux pesticides

Pour séduire son auditoire, Liam Condon, directeur du département agrochimie de Bayer, puise volontiers dans ses souvenirs personnels. Depuis quelques mois, dans la presse allemande, il raconte ainsi comment, dans le Dublin des années 1980, il a vu son père subir l’effondrement de son activité de graveur de pierres tombales quand les machines à graver à laser ont débarqué sur le marché. Ou comment, jeune vendeur pharmaceutique pour le groupe Schering, il a vécu la fusion de son employeur avec le géant Bayer. L’argumentaire est limpide. Ses yeux bleu profond font oublier les traits marqués de son visage. Les émotions des anecdotes arrivent à point nommé pour donner du sens au discours de ce vendeur hors pair.

Lire aussi: Bayer boucle le rachat de Monsanto pour 63 milliards de dollars

Liam Condon, 50 ans, c’est aujourd’hui l’arme de pointe du groupe chimique et pharmaceutique Bayer, et une de ses figures centrales. La tâche de l’Irlandais est cruciale: il doit réussir la fusion de Bayer avec le controversé semencier et agrochimiste américain Monsanto, au terme de la plus importante transaction jamais réalisée par une entreprise allemande (63 milliards de dollars). Et, surtout, convaincre le plus grand nombre du bien-fondé de ce mariage avec une des entreprises les plus haïes de la planète, associée au très impopulaire glyphosate.

Dialogue avec la société civile

Alors Liam Condon et son équipe multiplient les contacts avec la société civile et leurs opposants. «Ils ont cherché le dialogue avec nous. Ça n’était jamais arrivé avec Monsanto. On sent qu’ils ont compris que le vent a tourné sur la question des pesticides», raconte au Temps la responsable d’une grande ONG écologiste, qui a récemment rencontré des responsables de Bayer, lors d’une réunion confidentielle début juillet.

Mi-mars, dans une initiative inédite, Liam Condon a débattu avec Robert Habeck, chef de file des Verts allemands, sur l’avenir de l’agriculture. Le message est clair: Bayer veut trancher avec l’agressivité de Monsanto, qui refusait traditionnellement tout contact avec la société civile.

Officiellement, les écologistes et les ONG interrogés s’accordent à dire qu’aucun rapprochement sur le fond n’est possible avec Bayer, nouveau champion d’un marché de l’agrochimie et des semences dont ils critiquent l’excessive concentration. Mais en aparté, ils reconnaissent que les arguments utilisés «sont intéressants» et renouvellent le débat. La raison: Bayer veut promouvoir une agriculture «durable» et réduire à terme l’utilisation des pesticides.

Trois technologies dans le viseur

Trois points en particulier divisent les experts jusqu’au sein du parti écologiste allemand lui-même.

Le premier est la technologie génétique dite Crispr: le «ciseau génétique» mis au point il y a quelques années par deux chercheuses, par lequel le groupe espère développer des plantes plus productives et plus robustes. Cette technologie, déjà utilisée dans d’autres secteurs, pourrait accélérer la mise au point de plantes adaptées à la sécheresse ou aux sols salés.

Lire aussi: Paul François, le paysan contre Monsanto

Le deuxième est l’agriculture de précision, dite «bio contrôle» ou «digital farming», qui utilise capteurs et machines pour réduire l’apport en eau et en chimie.

Le troisième est la connaissance de la fertilité du sol, autrement dit les liens entre les microbes et la croissance de la plante. «Nous devons être plus productifs et mieux protéger l’environnement», répète Liam Condon.

Faut-il faire confiance au nouveau géant? «Ce que nous critiquons, ce n’est pas la technologie en soi, mais le système de dépendance des agriculteurs qu’elle sous-tend. Et le Crispr doit être clairement identifié comme une technologie de manipulation génétique», explique Harald Ebner, député vert au Bundestag.

Nourrir la planète

Le débat est lancé. Mais de part et d’autre, le constat du problème fait consensus: en 2050, 10 milliards d’habitants vivront sur la planète, soit 2 milliards de plus qu’aujourd’hui. Les nourrir suffisamment et à des prix accessibles dans un contexte de réchauffement climatique, sans trop étendre les surfaces agricoles aux dépens des territoires sauvages, est un défi gigantesque.

Bayer proclame vouloir y répondre. Et vise un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros par an sur son département CropScience. A sa tête, Liam Condon devra aussi convaincre les actionnaires du groupe que vendre moins de chimie peut effectivement créer plus de valeur financière.

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