Agrochimie

Bayer veut mettre la main sur Monsanto

Les tentatives de consolidation dans le secteur agrochimique se poursuivent. Alors que l’encre du contrat entre Syngenta et ChemChina n’est pas encore sèche, Bayer vise une fusion avec Monsanto

Dans la course-poursuite à la consolidation du secteur agrochimique, touché de plein fouet par une stagnation des affaires et une forte pression à la baisse des prix faute de demande suffisante, le chasseur peut devenir gibier.

Cela s’est produit jeudi lorsque le groupe allemand Bayer a confirmé avoir entamé des discussions «en vue d’une négociation d’acquisition» du groupe américain Monsanto.

Rappelons que le groupe suisse Syngenta, qui est resté gibier contrairement à Monsanto qui voulait acquérir la société bâloise, a accepté, en mars, une offre d’achat du chinois ChemChina pour 43 milliards de dollars (42,39 milliards de francs).

L’offre publique d’achat, prolongée jusqu’au 18 juillet, est sujette à un examen attentif des autorités américaines de la concurrence, et celles chargées du contrôle des transferts technologiques à cause des OGM développés par Syngenta aux Etats-Unis.

Le groupe bâlois, qui avait refusé les avances pressantes de Monsanto, a dit accepter l’offre de ChemChina pour trois raisons: elle était financièrement nettement supérieure, elle ne provoquerait guère de problèmes avec les autorités de la concurrence, et les doublons impliquant des suppressions d’emplois étaient nettement plus faibles du côté de ChemChina que de Monsanto.

Ni Bayer, ni Monsanto ne communiquent à propos de la base du prix d’acquisition à négocier pour des pesticides, des herbicides et des semences vendus dans le monde entier. Les analystes de Deutsche Bank pensent que Monsanto exigera un prix de 150 dollars l’action, soit une plus-value de plus de 50%. Bayer est valorisé en bourse à quelque 80 milliards d’euros (88,88 milliards de francs), contre l’équivalent de 37,8 milliards d’euros pour Monsanto. Cette comparaison est cependant délicate car Bayer, inventeur de l’Aspirine, est surtout connu dans le domaine pharmaceutique.

La division agrochimique du groupe allemand équivaut à un peu plus d’un cinquième de son chiffre d’affaires, soit 10,3 milliards d’euros sur 46,3 milliards. Avec l’acquisition de Monsanto, la part agrochimique représenterait plus de 23 milliards d’euros, soit davantage que les deux divisions pharmaceutiques qui regroupent les médicaments protégés par les brevets (15,3 milliards d’euros) et ceux en vente libre (OTC) pour 6 milliards d’euros.

La stratégie de Bayer s’est surtout concentrée ces dernières années sur sa croissance dans le domaine pharmaceutique avec, notamment, l’acquisition en octobre 2014 des OTC de l’américain Merck qui sont venus compléter les produits du même type cédés par Roche en 2005.

Récemment, le groupe a expliqué vouloir croître dans l’agrochimie dans deux secteurs où il est encore faible, soit les cultures de blé et de soja. L’acquisition de Monsanto lui offre cet accès d’un coup, de même que dans la culture du maïs où le groupe américain est leader mondial. Bayer entrerait aussi de manière très nette dans les semences et les produits OGM, de même que sur le marché nord-américain.

Le principal problème relevé par les analystes est celui du financement d’une telle acquisition. Endetté à hauteur de 16 milliards d’euros, Bayer devrait donc sans doute vendre d’autres activités pour se renforcer dans l’agrochimie. Outre le solde de sa division des polymères, cotée en bourse séparément sous le nom de Covestro, Bayer pourrait se séparer des médicaments vétérinaires. Le groupe allemand, qui avait détaché sa division chimique sous le nom de Lanxess en 2005, est l’un des derniers à maintenir en son sein agrochimie et produits pharmaceutiques.

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