Il y a dix ans, quand Peter Kappeler est arrivé à la Banque Cantonale de Berne (BCBE), le total des provisions se montait à 0,7% des crédits à la clientèle. «On pensait alors que cela suffisait», se souvient avec un sourire le président de la direction générale.

Aujourd'hui, échaudée par les 6,5 milliards de crédits douteux qu'il a fallu exiler dans une société – poubelle, la Dezenium AG, la BCBE a renversé la proportion: ce sont les crédits non performants qui représentent 0,7% de la masse des créances à la clientèle et, avec 704 millions de francs engrangés comme provisions (plus de 5% de la masse des crédits), l'établissement apparaît comme une des banques cantonales les mieux dotées. «La BCBE est devenue une banque prévoyante», s'explique Peter Kappeler. Une banque très rentable aussi: pour un total de bilan de 17,5 milliards et presque autant de fonds de la clientèle sous gestion et un ratio de fonds propres de 13,1%, la BCBE a dégagé en 2000 un bénéfice avant impôt de 81,2 millions (+22,7%) et son résultat net de 55 millions (+10,7%) représente un rendement des fonds propres de 12,4%.

«Quand nous voulons voyager, nous le faisons de manière privée…» Ce disant, Peter Kappeler ne raille pas seulement la propension d'autres banques cantonales à traverser leurs frontières pour aller butiner les actifs privés ou commerciaux d'une clientèle moins captive que la leur. A la BCBE, on a déjà largement donné – et perdu! – dans ce registre. Le leitmotiv de Peter Kappeler est donc cantonal. C'est dans un pré carré bien balisé que la BCBE développe sa stratégie de proximité, «d'ancrage dans le public» comme le souligne Peter Kappeler. Elle soigne aux petits oignons son demi-million de clients, ses parts (34%) du marché de détail bancaire bernois et de celui des PME (50%). Elle cultive les appétits des petits investisseurs qui lui ont confié les 17 milliards qu'elle gère aujourd'hui. C'est dans le canton qu'elle a aussi le mieux réussi à placer le quart de son capital, que l'Etat a cédé entre 1998 et 2000. Sur cette proportion en effet, seul un paquet de 4,5% a été placé chez un institutionnel étranger, la Hessische Landesbank.

Bernoise jusqu'au bout des dents et prudente comme un Sioux dans sa politique de crédits (81% des engagements n'excèdent pas le million de francs), la BCBE a-t-elle encore des ambitions? «Oui, développer une stratégie du succès!», répond Peter Kappeler, qui ne se sent pas du tout l'envie d'aller voir ailleurs s'il y a d'autres défis à relever. Quelle stratégie? Celle d'une proximité à outrance avec la clientèle: le banquier n'hésite pas à dire qu'il lui faut encore grignoter des parts de marchés et développer les outils bancaires virtuels qui ont déjà séduit plusieurs centaines de milliers de clients de la banque. «Stimuler notre réseau de distribution pour rester indépendant»: telle est l'ambition de la BCBE.

Peter Kappeler et son état-major sont donc très sereins face aux effets de manche d'un Credit Suisse Banking, qui aimerait participer au capital de certaines banques cantonales. «L'Etat, qui s'est fixé l'horizon 2002 pour descendre sa participation au capital de la BCBE à 51%, a le même objectif à long terme que nous et les Bernois ont répété en 1993 et en 1998 qu'ils voulaient une banque cantonale», conclut-il, sûr de son fait…