Zone euro

Pour la BCE, 2019 débute dans des conditions difficiles

Mario Draghi a reconnu que l’économie progressait moins bien que prévu. Lors de sa prochaine réunion des gouverneurs jeudi à Francfort, la Banque centrale européenne pourrait dès lors revoir sa stratégie

Le programme d’assouplissement monétaire mis en place en 2015 par la Banque centrale européenne (BCE) et qui a vu l’injection de 2600 milliards d’euros pour soutenir la zone euro est mort en décembre. Un nouveau programme qui maintiendrait le flux des liquidités dans l’économie pourrait voir le jour. Le président de la BCE, Mario Draghi, a reconnu jeudi dernier devant le Parlement européen que l’économie progressait «moins bien que prévu et elle pourrait encore reculer ces prochains mois».

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C’est le sujet qui fera l’objet des discussions lors de la réunion du Conseil des gouverneurs jeudi à Francfort. Selon les dernières prévisions conjoncturelles du Fonds monétaire international (FMI) publiées lundi, le taux de croissance dans la zone euro devrait reculer cette année à 1,6%, contre 1,8% l’an dernier. A titre de comparaison, le taux sera de 2% pour l’ensemble des pays industrialisés.

L’Allemagne et l’Italie en difficulté

Le FMI a tenu à tirer la sonnette d’alarme concernant l’Allemagne et l’Italie. La première économie de la zone euro subit une baisse de la production industrielle et de l’exportation liée à la faiblesse de la demande mondiale. Selon le baromètre de l’institut ZEW publié mardi, le moral des investisseurs allemands s’est certes amélioré en janvier pour le second mois d’affilée, après avoir atteint à l’automne son plus bas niveau depuis 2012 dans un contexte d’incertitudes internationales. En revanche, l’appréciation de la situation conjoncturelle s’est effondrée à son plus bas niveau depuis janvier 2015.

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Et l’Italie? «Elle pourrait techniquement se retrouver en récession, explique Sabrina Khanniche, économiste senior chez Pictet Asset Management à Genève. Son produit intérieur brut (PIB) a connu une croissance négative au troisième trimestre et les résultats du trimestre suivant sont attendus la semaine prochaine.» Elle rappelle aussi que les indicateurs avancés ont été négatifs en décembre et, selon la BCE, les conditions de crédit dans le pays restent serrées.

Effets «gilets jaunes» et Brexit

Les prévisions 2019 de la zone euro pourraient être pires. En effet, le FMI n’a pas tenu compte des conséquences des manifestations des «gilets jaunes» qui ont fortement perturbé l’activité en France. Tout comme il n’a pas mesuré et intégré l’impact du Brexit, pour le Royaume-Uni comme pour ses partenaires européens.

Une chose est certaine. La BCE laissera les taux d’intérêt à ses niveaux actuels, c’est-à-dire très bas, afin de maintenir le crédit facilement accessible aux entreprises et aux ménages. «L’an dernier, Mario Draghi avait lui-même affirmé que la BCE commencerait éventuellement à sortir des taux négatifs à partir de l’automne 2019, rappelle Samy Chaar, chef économiste de la banque Lombard Odier à Genève. Elle pourrait repousser cette échéance pour augmenter ses taux directs plus tard en fonction de la conjoncture.»

Pour Sabrina Khanniche, la BCE pourrait aussi recourir aux prêts TLTRO (targeted longer-term refinancing operations, opérations de refinancement à plus long terme ciblées) aux grandes banques afin d’assurer que les liquidités ne font pas défaut. «En cas de détérioration, elle pourrait prendre une décision dans ce sens ces prochains mois», estime l’économiste genevoise.

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