Décembre. La Banque centrale européenne (BCE) ajustera ses instruments pour contrer les conséquences de la deuxième vague de la pandémie de Covid-19 lors de sa dernière réunion des gouverneurs de l’année. Certes, il y a urgence. Mais elle attend de voir l’évolution de la crise sanitaire, notamment sur le plan des vaccins, ainsi que les projections conjoncturelles avant de prendre toute décision. En tout état de cause, selon sa présidente Christine Lagarde, «de grandes inquiétudes et incertitudes» sont de mise.

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«En attendant, nous maintenons les taux directeurs à 0%, tout comme le programme de rachat d’actifs lié spécifiquement à la pandémie, introduit en mars, à hauteur de 750 milliards d’euros et rallongés de 600 milliards en juin», a déclaré Christine Lagarde jeudi à l’issue de la réunion des gouverneurs. D’autres mesures, notamment les prêts aux banques à faible taux afin que celles-ci prêtent à l’économie, resteront en vigueur. Pour Sabrina Khanniche, économiste chez Pictet, la BCE rassure en disant que les conditions de financement resteront favorables.

Signes de ralentissement

«Les récents indicateurs donnaient déjà des signes de ralentissement, poursuit l’économiste genevoise. Suite à la résurgence de l’épidémie, les restrictions à la mobilité dans la plupart des pays de l’UE frappent le secteur des services (voyage, tourisme, restauration), les sports et la culture de plein fouet.». Le quatrième trimestre s’annonce d’ores et déjà mauvais en termes de croissance. La BCE qui avait prévu la sortie de la récession pour l’UE en 2021 voit plutôt une détérioration de la conjoncture.

«La reprise anticipée au quatrième trimestre 2020, puis en 2021, est compromise, commente Gregory Claeys, économiste à l’Institut Bruegel, centre d’études et d’analyses politiques et économiques basé à Bruxelles. Un rebond est envisageable, mais pour retrouver le même niveau qu’avant la crise sanitaire, il faudra attendre 2022. Le PIB pourrait alors évoluer non en forme de V ni même de W, mais avec une deuxième partie du W qui ressemblerait au sigle de Nike qui vers la fin remonte, mais très lentement.»

Solidarité européenne

L’économiste de Bruegel ne désespère pas pour autant. Selon lui, les Etats européens, la Commission et la BCE ont tiré des leçons de leurs erreurs faites lors de la crise financière en 2010. «La Commission avait alors soutenu un programme de relance en 2009, mais avait ensuite privilégié la consolidation des finances publiques dès 2010 jusqu’à 2014, poursuit-il. Cette fois-ci, ils agissent et de façon massive. Cela devrait permettre à l’UE de soutenir la croissance.» Un exemple: le plan de relance de 750 milliards d’euros voté en juillet en solidarité avec les pays les plus affectés par la pandémie.

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Gregory Claeys se félicite de la suspension du Pacte de stabilité et de croissance qui freine l’endettement et le déficit budgétaire. Il est judicieux que les Etats s’endettent et creusent les déficits pour maintenir l’économie à flot. Les bas taux d’intérêt aidant, il est même nécessaire de s’endetter massivement maintenant et de rembourser sur une longue période. A terme, cette crise permettra de repenser le Pacte.