Les maîtres de la politique monétaire européenne sortent cette fois l'artillerie lourde. Leur but? Empêcher que les banques, affairées à colmater les brèches ouvertes dans leurs comptes par les répliques du séisme des «subprime», ne cessent de financer leurs homologues... et in fine toute l'économie.

L'offensive a débuté avec l'annonce, il y a une semaine, d'une intervention concertée des principales banques centrales. La Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et la Banque nationale suisse ont ainsi injecté quelque 30 milliards d'euros lundi. Avec une efficacité limitée: mardi soir encore, le taux d'un emprunt à quinze jours pour une banque américaine refusait de descendre sous 5%. La Banque d'Angleterre, qui a assuré mardi sa part de l'initiative - en mettant plus de 15 milliards d'euros à la disposition de «ses» banques - n'a pas fait mieux. Bien au contraire. Hier à Londres, le taux Libor à deux semaines s'est même tendu... reflétant les craintes intactes d'un étranglement local du crédit.

D'une tout autre ampleur, l'opération initiée par la BCE a reçu un accueil plus positif. L'institution s'était engagée lundi à prêter en quantité illimitée - et pour quinze jours - au taux de 4,21%. Des conditions attrayantes qui ont provoqué un afflux de demandes de prêts atteignant 348,6 milliards d'euros. Plus de deux fois les liquidités fournies par la banque centrale lors de ses traditionnelles adjudications hebdomadaires! Une bouffée d'oxygène pour les marchés qui s'est matérialisée par un reflux du coût des emprunts à deux semaines - de 4,94% à 4,40% en quelques heures - pour les banques européennes.

Pour la première fois depuis la crise des «subprime», une banque centrale semble débloquer la congestion du marché du crédit. «Jusque-là les opérations spéciales - dites de «fine tuning» - montées par la BCE pour répondre à la crise, ne concernaient que des prêts au jour le jour et ne permettaient pas de diminuer les pressions sur les taux interbancaires à un ou trois mois, les plus risqués car n'exigeant pas d'échange de contrepartie», décrypte Cyril Regnat. Avec cette nouvelle opération, «la BCE a décidé de frapper au cœur des problèmes du marché interbancaire en venant diminuer les risques liés au passage de fin d'année», ajoute ce dernier. La décision de prêter sur quinze jours permet aux banques de «passer» la période de la fin de l'année durant laquelle celles-ci conservent toutes leurs liquidités pour elles, obsédées par la «photo-finish» de leurs comptes en fin d'exercice. Pour éviter que l'effet de cette intervention s'estompe rapidement, la BCE a prévenu qu'elle reviendrait à la charge le 28 décembre.