Le yuan bientôt dans les réserves de la BCE

La réunion de la Banque centrale européenne (BCE) qui débute ce mercredi pourrait rester dans les annales comme une date importante pour… la Chine. C’est en tout cas ce qu’affirme l’agence Bloomberg, selon laquelle l’institution de Francfort envisagerait de jeter les bases d’un mécanisme permettant d’intégrer, peut-être dès l’année prochaine, la devise chinoise dans son panier de réserves. Selon la source anonyme que cite Bloomberg, il s’agirait, au départ, de faibles montants. Mais le symbole est fort, et illustre la montée en puissance du yuan, également appelé renminbi («monnaie du peuple» en chinois).

Sans confirmer explicitement les spéculations sur ce sujet, le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré que cela «a du sens de parler de préparer un rôle international plus important pour le renminbi compte tenu du fait que la Chine est notre troisième partenaire commercial».

Si la BCE se mettait à acheter du yuan, elle serait la première banque centrale importante à le faire ostensiblement. Jusqu’à présent, des pays comme la Biélorussie et le Nigeria ont commencé à suivre cette voie. Le gouverneur de la banque centrale malaisienne vient d’affirmer que son pays faisait de même depuis 2009. A en croire Zhou Xiaochuan, le numéro un de la banque centrale chinoise, il y aurait en réalité plus de pays concernés, mais certains «souhaitent peut-être ne pas le dire».

Montée en puissance

La montée en puissance monétaire du yuan en Europe avait trouvé une autre illustration à la toute fin septembre, lorsque, pour la première fois, le yuan et l’euro ont pu s’échanger directement sans passer par l’intermédiaire du dollar.

La tendance paraît donc inéluctable: progressivement, la devise chinoise va s’installer dans le paysage des monnaies de réserve. Une des prochaines étapes pourrait être l’inclusion du renminbi dans les droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international. Cet instrument monétaire créé par le FMI n’inclut, pour l’instant, que le dollar, l’euro, la livre britannique et le yen japonais. La composition de ces DTS doit être revue l’année prochaine.

Lourdes réformes

Si la Chine veut véritablement devenir un poids lourd monétaire, il faudra malgré tout qu’elle accepte des réformes sérieuses. Lucide sur ce sujet, Zhou Xiaochuan a récemment reconnu que pour que le yuan devienne une monnaie de réserve, il fallait que son pays «fasse ses devoirs», notamment en «réduisant le contrôle administratif sur nos marchés financiers» et en «faisant tendre progressivement le yuan vers un statut de monnaie convertible». Un lâcher-prise que Pékin promet régulièrement tout en restant très évasif sur l’échéance à laquelle il compte passer aux actes.