C’est un tabou qui vient de sauter. La Banque centrale européenne (BCE) a enlevé les limites qu’elle s’était jusqu’ici fixées dans les programmes de rachat d’actifs. Dans un document publié mercredi soir, qui détaille le fonctionnement de son programme temporaire d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP), l’institution laisse entendre qu’elle s’autorise à racheter davantage que 33% de la dette d’un pays.

Pour ce programme, comme pour les précédents, la BCE dit vouloir suivre la clé de répartition habituelle, c’est-à-dire que les rachats sont proportionnés à la souscription de chaque pays à son capital. Avant de préciser: «Il est néanmoins essentiel d’adopter une approche souple à l’égard de la composition des achats au titre du PEPP.» Ce, poursuit-elle, «afin d’empêcher que les bouleversements actuels de la courbe agrégée de rendement des obligations souveraines de la zone euro ne donnent lieu à de nouvelles distorsions de la courbe de rendement sans risque de la zone euro». Et, «tout en veillant également à ce que l’orientation générale du programme couvre tous les pays de la zone euro».

Une «bombe»

C’est une «bombe», s’est exclamé Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet, dans un tweet quelques heures après la publication. «Il n’y a plus aucune limite au QE de la BCE», a-t-il ajouté. Le PEPP, qui s’élève à 750 milliards d’euros, a été décidé le 18 mars dernier pour soutenir l’économie de la zone euro, paralysée par la pandémie. Les obligations de certains pays, notamment l’Italie, ont bondi jeudi à cette nouvelle.

De fait, c’est bien ce qu’avait affirmé Christine Lagarde, elle aussi dans un tweet, le 18 mars. «Les moments extraordinaires demandent des actions extraordinaires. Il n’y a aucune limite à notre engagement pour l’euro», avait-elle assuré, après avoir été critiquée pour des propos trop nuancés lors de la conférence de presse de début mars.

La limite de 33% existe pour que l’institution ne soit pas accusée de financer directement le déficit des Etats de la zone euro. C’est d’ailleurs un des points qu’avait souligné la Cour de justice européenne, lorsqu’elle avait jugé l’action de la BCE licite en 2018. Cette dernière pourrait être accusée à nouveau par les tenants d’une politique monétaire plus traditionnelle, mais elle pourrait s’en sortir dans la mesure où ce programme ne devrait pas durer au-delà de la fin de cette année.

Jeudi matin, la Fed a également promis qu’elle allait prêter «agressivement» de l’argent pour lutter contre les dégâts économiques du coronavirus. Dans une interview, Jerome Powell, son président, a souligné que «les munitions ne vont pas s’épuiser».