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La Banque centrale européenne a annoncé la réduction de ses rachats d'actifs à partir d'octobre avant de les arrêter à la fin de l'année.
© KAI PFAFFENBACH/REUTERS

Zone euro

«La BCE doit livrer une vision à long terme de sa politique monétaire»

La Banque centrale européenne se réunit jeudi à un moment où l’Europe est engagée dans une guerre commerciale qui a déjà freiné sa croissance. Pour l’économiste Grégory Claeys, la BCE aurait dû attendre avant d’annoncer son plan de sortie du programme d’assouplissement monétaire

Grégory Claeys, économiste au centre d’analyse économique Bruegel, basé à Bruxelles, explique que la Banque centrale européenne (BCE) a été quelque peu contrainte d’annoncer la fin de son programme d’assouplissement monétaire en décembre 2018.

Le Temps: La zone euro connaît une décélération en 2018. Faut-il s’en inquiéter?

Grégory Claeys: Il est vrai que toutes les institutions internationales, dont le Fonds monétaire international et la BCE, ont révisé les prévisions conjoncturelles pour la zone euro en 2018 à la baisse. Le flottement noté au début de cette année est essentiellement lié aux incertitudes provoquées par le protectionnisme américain. Il est difficile à ce stade de dire si nous allons vers une crise profonde. Mais les fondamentaux restent solides dans la zone euro. La croissance est désormais plus équilibrée, tirée par la création d’emplois et la consommation. Néanmoins, le flottement de ce début d’année montre que la zone euro est toujours vulnérable au protectionnisme, car sa croissance repose toujours trop sur ses exportations.

Lire aussi: La zone euro risque une rechute, prévient le FMI

Dès lors, était-il prématuré de la part de la BCE d’annoncer le retrait de son programme d’assouplissement monétaire le mois dernier?

Elle a justifié sa décision en invoquant le retour de l’inflation vers sa cible de 2%. Pour ma part, j’aurais préféré qu’elle tienne plutôt compte de l’inflation sous-jacente – sans les prix de l’énergie et de l’alimentaire – qui est autour de 1%, donc loin de la cible. Par ailleurs, la BCE avait fixé la limite d’achats d’actifs à hauteur de 33% des créances nationales. Dans plusieurs cas, cette limite sera bientôt atteinte. De ce fait, elle était quelque peu contrainte d’aller vers la fin de son programme, à moins de changer les règles. Néanmoins, je pense que la BCE a bien géré sa communication. Il n’y a pas eu de hausse brutale de taux d’intérêt pour les pays de la zone euro. La sortie se fait sans créer de choc financier. Ça n’a pas été le cas aux Etats-Unis en 2013. Les marchés, y compris des pays émergents, étaient déstabilisés.

Je pense que la BCE a bien géré sa communication. Il n’y a pas eu de hausse brutale de taux d’intérêt

Quelle serait la marge de manœuvre de la BCE en cas d’un ralentissement, alors que la cible de l’inflation est déjà atteinte?

En cas de récession ou de ralentissement, l’inflation baisserait. Dans une telle éventualité, la BCE dispose d’assez d’outils pour stabiliser les prix. De plus, la BCE est restée prudente et n’a pas annoncé de décision ferme par rapport au retrait du programme d’assouplissement monétaire. Elle est conditionnelle au prolongement de la reprise.

Et encore: La force de l’euro contrarie la BCE

La hausse des coûts des emprunts qu’on a notée ces dernières semaines ne constitue-t-elle pas un frein à la croissance, surtout en cette période de flottement?

Les taux d’intérêt sont faibles et relativement stables en zone euro. En Italie, ils avaient augmenté en mai-juin, mais c’était plutôt lié aux risques politiques. La différence de taux entre les Etats-Unis et la zone euro est normale: la conjoncture n’est pas synchronisée entre les deux régions. Après la crise de 2007-2008, la reprise américaine s’est amorcée dès 2010. En zone euro, seulement en 2013.

Quel sera le message de la BCE jeudi?

Il ne faut pas s’attendre à de grandes annonces, à moins que la BCE n’anticipe des répercussions majeures des mesures protectionnistes américaines. Pour ma part, je souhaite que la BCE nous donne une vision de sa politique monétaire à long terme, à l’horizon 2020-21 par exemple. J’aimerais savoir la taille de son bilan qu’elle voudrait conserver sachant que celui-ci est passé de 10% du PIB de la zone euro avant la crise à 45% aujourd’hui.

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