La réunion de la Banque centrale européenne (BCE) de la semaine dernière a mis en évidence un nouvel épisode de la guerre des monnaies. En effet, nous avons assisté à une intervention de Mario Draghi, le président de la BCE, qui avait pour objectif de limiter les pressions haussières sur la monnaie unique. Pour bien comprendre le contexte, la paire euro/dollar s’est fortement appréciée au cours des dernières semaines et les niveaux atteints sont maintenant les plus hauts depuis un peu plus de deux ans. Un euro s’échange à un peu moins de 1,17 dollar.

Les marchés financiers estiment que la fin des politiques monétaires ultra-accommodantes est proche. La Réserve fédérale américaine a d’ailleurs ouvert la voie et a déjà monté ses taux par deux fois cette année. Il semble que cela soit maintenant le tour de l’institution européenne. Tout du moins, c’est ce qui est – largement – attendu par les marchés. Cependant, l’intervention de Mario Draghi durant la conférence de presse qui a suivi la décision des taux allait à l’encontre de cette attente. Le président de la BCE a clairement appelé à la patience, en espérant que cela calme les pressions acheteuses, mais en vain. En d’autres termes, Mario Draghi n’a pas convaincu et la monnaie unique a continué à s’apprécier dans l’espoir d’une normalisation de la politique monétaire. Les marchés ont estimé que son intervention n’était qu’un moyen de faire pression sur l’euro et donc de laisser encore un peu de répit à l’économie de la zone euro avant la réunion de septembre.

Plus particulièrement, Mario Draghi a souligné les inquiétudes des banquiers centraux concernant l’économie européenne. Son discours s’est inscrit en rupture avec celui de juin durant lequel il déclarait que les taux suivraient la reprise économique, ce qui avait fait s’emballer les marchés. Cette fois-ci, il nous signale que la fin de l’assouplissement quantitatif n’est pas à l’ordre du jour. La réunion de la BCE de septembre est maintenant dans le viseur des investisseurs et des opérateurs de marché. La question de l’avenir du programme de rachat d’obligations dont la fin est prévue pour décembre sera soulevée. Il semble difficile que ce programme de rachat puisse être poursuivi indéfiniment, dans la mesure où l’institution a de plus en plus de peine à atteindre ses objectifs de volume d’achat mensuel, du moins dans le périmètre actuel.

Ce qui semble certain, c’est que la réunion de septembre ne verra pas de hausse des taux. D’autant plus que l’inflation est tellement basse et loin de l’objectif de la BCE (2% en 2019) que les risques déflationnistes, dus à une politique monétaire de normalisation, sont trop importants. La réalité économique – ou tout du moins les difficultés économiques européennes – que l’optimisme des marchés financiers tente d’éluder reviendra tôt ou tard sur le devant de la scène. NON, les politiques monétaires ultra-accommodantes de la BCE ne sont pas finies. OUI, la monnaie unique est bien trop forte en ce moment.

Que pouvons-nous attendre de la BCE d’ici à la fin de l’année? Il est d’une part très probable que les taux restent bas, voire ne bougent pas, et que, d’autre part, le programme de rachat d’actifs soit poursuivi. Cependant, pour faire face à la pénurie d’obligations, les conditions de rachat doivent être élargies. Nous rappelons qu’en début d’année, certaines obligations d’entreprises avaient déjà été incorporées dans le périmètre de rachat. Enfin, des pressions baissières devraient réapparaître sur l’euro au fur et à mesure des déceptions probables causées par la BCE, qui aura bien du mal à ralentir sa perfusion.