Mario Draghi a fait fi de l’agitation allemande. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé jeudi à Francfort son intention de racheter des dettes des Etats en difficulté.

Les marchés retenaient leur souffle depuis début août. L’Italien avait laissé entendre que des mesures allaient être décidées pour calmer la crise.

Hier, il a donné les détails: la BCE va ainsi acheter sans limite des obligations d’Etat de maturité comprise entre un et trois ans. Cette dernière maturité étant, de l’avis de la BCE, la plus efficace pour atteindre son objectif. Pour certains analystes, cette durée moins longue que les mandats des décideurs permet d’éviter que ces derniers ne se reposent sur leurs lauriers et n’engage pas de réductions de dette ou de réformes. C’est un point essentiel pour la BCE. Les Etats qui souhaitent bénéficier de ce soutien doivent en effet faire appel à l’aide des fonds de secours européens, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou son successeur le Mécanisme européen de stabilité (MES), a précisé l’institution.

Mario Draghi a ainsi annoncé la fin du premier programme de rachat de dette publique, le SMP, lancé en mai 2010. Par ce biais, l’institution avait acquis pour plus de 200 milliards d’euros de dettes souveraines grecque, irlandaise, portugaise, italienne et espagnole. Le nouveau programme est baptisé OMT pour «Outright Monetary Transactions», en raison «des perturbations graves observées sur le marché de la dette publique qui proviennent de craintes infondées sur la réversibilité de l’euro», a expliqué Mario Draghi.

Les achats se feront toujours sur le marché secondaire. La BCE n’interviendra pas directement lors de l’émission de la dette pour rester dans les limites de son mandat. Autre mesure annoncée hier, l’allègement des garanties demandées aux banques pour emprunter à la BCE via les opérations de refinancement. Ces collatéraux ou contreparties n’auront plus besoin d’avoir une note minimale quand il s’agit d’obligations souveraines de la zone euro.

Les grands argentiers ont par ailleurs laissé le taux d’intérêt inchangé à 0,75% mais ils ont révisé la croissance de la zone euro à –0,4% pour 2012 (–0,1% prévu en juin) et à +0,5% en 2013. L’inflation devrait atteindre 2,5% (2,4%) cette année et 1,9% (1,6%) l’an prochain. Au deuxième trimestre, le PIB de la zone euro s’est contracté de 0,2%.

L’action de la BCE a été plébiscitée par les marchés. L’Eurostoxx 50 a gagné plus de 3%, tandis que les bourses italienne et espagnoles ­dépassaient les 4%. Les taux d’intérêt se sont également détendus. Les rendements italiens à deux ans ont atteint 2,21% contre plus de 5% en juillet. De même, les taux espagnols ont reculé à 2,76%, contre plus de 7% en juillet.

Pour Patrick Legland, responsable de la recherche chez Société Générale, «cette décision est importante car elle permet à la BCE de retrouver son rôle initial qui est de gérer la politique monétaire. On voit que ses décisions ne se transmettaient plus puisque les taux d’intérêt vont dans des directions différentes selon les pays». Pour l’expert, c’est aussi un signe que l’intégration de la zone euro s’intensifie. «On constate que les décideurs européens sont passés à la vitesse supérieure depuis le sommet de juin dernier et la décision de la BCE va dans ce sens», explique-t-il.

Le Conseil des gouverneurs était pratiquement unanime, a précisé Mario Draghi. Il y a eu une seule voix dissidente. «A vous de deviner de qui il s’agit. Nous ne donnons pas de détails», a prévenu, en substance, l’Italien. Une enquête ne sera pas nécessaire: Jens Weidmann, président de la Bundesbank – qui siège aussi au Conseil des gouverneurs – avait exprimé son opposition publiquement. La Buba s’est d’ailleurs fendue d’un communiqué hier en fin de journée pour montrer sa dés­approbation.

C’est justement en Allemagne que se prendra la prochaine décision cruciale. Mercredi, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe devra valider ou non le MES.

Il y a eu une seule voix dissidente. «A vous de deviner de qui il s’agit. Nous ne donnons pas de détails»